En ce temps de Carême, la Parole de Dieu nous conduit vers un mystère exigeant : partager la coupe du Christ. Boire à la même coupe est un geste de communion profonde. Mais la coupe du Seigneur n’est pas seulement symbole de bénédiction ; elle est aussi participation à son offrande, à son service et à sa Passion.
Dans la première lecture, le prophète Jérémie (Jr 18,18-20) se trouve au cœur de l’épreuve. Rejeté, menacé, trahi par ceux-là mêmes pour qui il intercède, il expérimente l’injustice et la solitude. Pourtant, il se tourne vers Dieu : « Souviens-toi que je me suis tenu devant toi pour parler en leur faveur ». Jérémie préfigure ainsi le Serviteur fidèle, prêt à souffrir pour ceux qu’il aime. Sa vie devient intercession. Il boit déjà la coupe de l’incompréhension et du rejet.
Dans l’Évangile, Jésus annonce pour la troisième fois sa Passion. En montant vers Jérusalem, il révèle clairement ce qui l’attend : condamnation, moqueries, flagellation, crucifixion — puis la résurrection (Mt 20,18-19). Le chemin est tracé. Il ne cache rien à ses disciples. Et pourtant, aussitôt après cette annonce, surgit une demande étonnante : la mère de Jacques et Jean souhaite pour ses fils les premières places dans le Royaume. Le contraste est saisissant. Jésus parle de souffrance et de don de soi ; les disciples pensent encore en termes de gloire et de pouvoir.
La réponse de Jésus est directe : « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » (Mt 20,22) Dans la Bible, la coupe évoque souvent la souffrance, l’épreuve, parfois même le châtiment. Boire la coupe du Christ, c’est accepter d’entrer dans sa destinée. Ce n’est pas seulement partager sa gloire future, mais communier à son offrande présente. C’est consentir à aimer jusqu’au bout.
Les disciples répondent avec assurance : « Nous le pouvons. » Ils ne mesurent pas encore la portée de leur réponse. Jésus confirme : « Ma coupe, vous la boirez. » Le chemin du disciple passe par la participation à la vie du Maître. Mais Jésus va plus loin encore. Il renverse la logique du monde : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20,28).
La véritable grandeur ne réside pas dans la domination, mais dans le service. La coupe du Seigneur est la coupe du don total.
Nous aussi, chaque fois que nous approchons la coupe eucharistique, nous sommes invités à cette communion profonde. Boire à la coupe du Seigneur signifie accepter de nous fondre dans sa vie. Cela signifie accueillir ce qu’elle contient de lumière et de résurrection, mais aussi de renoncement et d’offrande.
Dans l’Esprit de Bethléem, nous contemplons ce mystère dès l’Enfant couché dans la mangeoire. Celui qui se donne dans l’humilité de Bethléem est déjà celui qui se donnera sur la Croix. La coupe est déjà présente dans la crèche : celle d’une vie entièrement offerte.
Le Carême nous invite à prendre conscience du geste que nous posons. Trop souvent, nous approchons la coupe sans mesurer ce qu’elle signifie. Le Christ nous tend les mains. Il nous invite à boire pour devenir, à notre tour, vie donnée pour la multitude. Boire à la coupe du Seigneur, c’est choisir le service plutôt que la domination, l’offrande plutôt que la recherche des honneurs, la fidélité plutôt que la facilité. C’est accepter que notre vie devienne participation à son amour rédempteur.
Aujourd’hui, demandons la grâce de communier en vérité. Non du bout des lèvres, mais du fond du cœur. Demandons la force d’entrer dans la logique du don. Et laissons la coupe du Seigneur transformer notre existence.
Prière du jour
Seigneur Jésus,
toi qui as bu la coupe jusqu’au bout,
apprends-nous la fidélité.Lorsque nous cherchons les premières places,
rappelle-nous le chemin du service.
Lorsque nous hésitons devant l’épreuve,
donne-nous la force de rester unis à toi.Donne-nous un cœur simple
comme l’Enfant de Bethléem,
un cœur prêt à se donner,
un cœur capable de servir,
un cœur qui accepte de partager ta coupe.Que notre vie devienne offrande
et que ton amour transforme nos faiblesses
en chemin de salut.
Amen.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
Jésus, montant à Jérusalem,
prit à part les Douze disciples
et, en chemin, il leur dit :
« Voici que nous montons à Jérusalem.
Le Fils de l’homme sera livré
aux grands prêtres et aux scribes,
ils le condamneront à mort
et le livreront aux nations païennes
pour qu’elles se moquent de lui,
le flagellent et le crucifient ;
le troisième jour, il ressuscitera. »
Alors la mère des fils de Zébédée
s’approcha de Jésus avec ses fils Jacques et Jean,
et elle se prosterna pour lui faire une demande.
Jésus lui dit :
« Que veux-tu ? »
Elle répondit :
« Ordonne que mes deux fils que voici
siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche,
dans ton Royaume. »
Jésus répondit :
« Vous ne savez pas ce que vous demandez.
Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? »
Ils lui disent :
« Nous le pouvons. »
Il leur dit :
« Ma coupe, vous la boirez ;
quant à siéger à ma droite et à ma gauche,
ce n’est pas à moi de l’accorder ;
il y a ceux pour qui cela est préparé par mon Père. »
Les dix autres, qui avaient entendu,
s’indignèrent contre les deux frères.
Jésus les appela et dit :
« Vous le savez :
les chefs des nations les commandent en maîtres,
et les grands font sentir leur pouvoir.
Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi :
celui qui veut devenir grand parmi vous
sera votre serviteur ;
et celui qui veut être parmi vous le premier
sera votre esclave.
Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi,
mais pour servir,
et donner sa vie en rançon pour la multitude. »
Références bibliques
- Jr 18, 18-20
- Mt 20, 17-28
Pour méditer
- Acceptons-nous de suivre le Christ jusque dans l’épreuve, et pas seulement dans la consolation ?
- Cherchons-nous les premières places ou le service humble ?
- Approchons-nous la coupe eucharistique avec conscience et engagement intérieur ?






























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