La fête du Christ-Roi, instaurée par Pie XI en 1925 dans un monde secoué par les totalitarismes et les idéologies athées, voulait rappeler que la véritable souveraineté ne revient à aucun pouvoir humain, mais au Christ. Pourtant, il ne suffit pas de dire que Jésus est Roi : encore faut-il comprendre comment il règne. Et pour cela, la liturgie de ce dimanche nous conduit vers un paradoxe bouleversant : un Roi qui n’a ni palais ni armée, un Roi couronné d’épines, un Roi offert sur une croix.
La première lecture tirée du Second Livre de Samuel présente le moment où les tribus d’Israël viennent reconnaître David comme roi. Ce n’est pas une prise de pouvoir, mais une rencontre : « Nous sommes de tes os et de ta chair. » David est établi comme roi parce qu’il rassemble, protège, conduit — non parce qu’il domine. Cette image du roi-pasteur prépare déjà le mystère du Christ : un roi proche, un roi donné à son peuple, un roi qui règne en servant.
Saint Paul, dans la lettre aux Colossiens, élargit encore la perspective. Le Christ est « image du Dieu invisible », « premier-né de toute créature », celui par qui tout existe et en qui tout subsiste. Sa royauté dépasse de loin les frontières politiques : elle embrasse toute la création. Et pourtant, ce Roi cosmique exerce son pouvoir d’une manière totalement inattendue : « Il a fait la paix par le sang de sa croix. » Le centre de son règne n’est ni un trône ni une salle du palais : c’est une croix dressée sur une colline. Sa puissance n’est pas de contraindre, mais de réconcilier ; non de vaincre par la force, mais d’aimer jusqu’au bout.
C’est précisément ce que manifeste l’Évangile. Nous sommes au Calvaire. Jésus agonise. Les chefs religieux se moquent. Les soldats se moquent. Même l’un des malfaiteurs l’insulte. Tout semble achevé. Rien ne ressemble moins à un roi que cet homme défiguré, cloué sur deux morceaux de bois. Et pourtant, c’est là que se révèle la vérité du Royaume. Car l’autre malfaiteur, humble et lucide, ose un acte de foi déchirant : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » Et Jésus lui répond immédiatement : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » Dans le lieu même où l’humanité condamne, Dieu ouvre le ciel. Dans l’endroit où tout semble perdu, le Royaume jaillit.
Pour nous, Missionnaires de Bethléem, ce mystère n’est pas seulement théologique : il a un visage très concret, celui de l’Enfant de la crèche. La royauté du Christ commence dans la fragilité d’un nouveau-né couché dans une mangeoire. Le Roi de l’univers entre dans le monde en silence, dans la pauvreté, dans la dépendance totale. À Bethléem, il inaugure la seule royauté chrétienne : une royauté qui ne s’impose pas mais se propose ; qui ne commande pas mais se donne ; qui ne contraint pas mais attire. La crèche devient le premier trône de Dieu, un trône de paille et de lumière. Et la croix devient son couronnement définitif.
C’est pourquoi la fête du Christ-Roi n’est pas un rappel d’autorité, mais un appel à la liberté. Le Christ ne règne pas pour prendre, mais pour donner. Il ne règne pas en maître, mais en serviteur. Il ne règne pas en tyran, mais en frère. Il éloigne tous les faux rois qui cherchent à régner sur notre cœur : l’argent, le pouvoir, l’orgueil, la jalousie, les dépendances, la peur. Chacun de nous, si nous sommes honnêtes, connaît ces petits roitelets qui veulent prendre la première place en nous. Mais le Christ n’entre pas en guerre contre eux : il suffit qu’il soit accueilli pour qu’ils tombent d’eux-mêmes.
La fête du Christ-Roi nous invite alors à revenir au centre : remettre le Christ là où il doit être, au cœur de notre vie. Non pas comme une idée, mais comme une présence ; non pas comme un symbole, mais comme un compagnon ; non pas comme une autorité extérieure, mais comme Celui qui nous libère de l’intérieur. Le Christ règne quand nous lui laissons la première place. Il règne quand nous choisissons l’amour au lieu de la force. Il règne quand nous osons la douceur, quand nous servons, quand nous pardonnons, quand nous donnons la vie.
Peut-être est-ce à nous, aujourd’hui, d’oser la prière du bon larron : « Souviens-toi de moi. » C’est la plus belle manière de reconnaître notre Roi, un Roi sans violence, un Roi qui se penche, un Roi qui accueille, un Roi qui sauve.
Prière du jour
Seigneur Jésus, Roi d’humilité et de douceur,
Toi qui règnes depuis la crèche et depuis la croix,
viens régner dans notre vie.Délivre-nous des faux rois
qui veulent prendre possession de notre cœur.
Apprends-nous ta manière d’aimer,
ta manière de servir,
ta manière de donner la paix.Fais de nous des témoins de ton Royaume,
où la puissance est charité,
où la gloire est service,
où la victoire est amour.Règne en nous,
doucement, profondément,
comme l’Enfant de Bethléem.
Amen.
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là,
on venait de crucifier Jésus,
et le peuple restait là à observer.
Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient :
« Il en a sauvé d’autres :
qu’il se sauve lui-même,
s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! »
Les soldats aussi se moquaient de lui ;
s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée,
en disant :
« Si tu es le roi des Juifs,
sauve-toi toi-même ! »
Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui :
« Celui-ci est le roi des Juifs. »
L’un des malfaiteurs suspendus en croix
l’injuriait :
« N’es-tu pas le Christ ?
Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! »
Mais l’autre lui fit de vifs reproches :
« Tu ne crains donc pas Dieu !
Tu es pourtant un condamné, toi aussi !
Et puis, pour nous, c’est juste :
après ce que nous avons fait,
nous avons ce que nous méritons.
Mais lui, il n’a rien fait de mal. »
Et il disait :
« Jésus, souviens-toi de moi
quand tu viendras dans ton Royaume. »
Jésus lui déclara :
« Amen, je te le dis :
aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
Pour lire les lectures du jour, consultez AELF – 23 novembre 2025.
Références bibliques
- 2 S 5, 1-3
- Col 1, 12-20
- Lc 23, 35-43
Pour méditer
- Quels « faux rois » cherchent aujourd’hui à prendre la première place dans notre cœur ?
- Comment puis-je laisser le Christ régner davantage par sa douceur ?
- En quoi la royauté de l’Enfant de Bethléem transforme-t-elle ma manière d’aimer et de servir ?






























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