Si nous devions résumer toute la foi chrétienne en une seule parole, l’Écriture elle-même nous la donnerait sans hésiter : Dieu est amour. Non pas une idée abstraite, mais une réalité vécue, incarnée, offerte. À travers la compassion de Jésus pour les foules affamées, la Parole de Dieu nous révèle aujourd’hui le cœur même de Dieu et nous appelle à y entrer.
La première lecture, tirée de la première lettre de saint Jean (1 Jn 4,7-10), nous conduit droit à l’essentiel. Jean ne cherche pas à multiplier les définitions ni les prescriptions. Il affirme avec une simplicité radicale : « Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. » Pour l’apôtre, l’amour n’est pas une option parmi d’autres. Il est le critère décisif de l’authenticité de la foi. Connaître Dieu ne passe pas d’abord par un savoir religieux ou une observance extérieure, mais par une relation vécue. Jean va jusqu’à dire : « Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. »
Il ne s’agit pas d’un amour vague ou sentimental. Jean précise immédiatement ce qu’il entend par là : l’amour de Dieu s’est manifesté dans l’envoi de son Fils. Dieu prend l’initiative. Il aime le premier. L’amour chrétien naît toujours d’un amour reçu, jamais d’un effort moral autonome. L’Évangile selon saint Marc (Mc 6,34-44) nous montre comment cet amour prend chair. Jésus voit une grande foule. Avant toute parole, avant tout miracle, Marc souligne un mouvement intérieur : « Il fut saisi de compassion pour eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. »
La compassion n’est pas ici une simple émotion. Elle est une manière d’être au monde. Jésus perçoit la faim multiple de la foule : faim de sens, faim de parole, faim de pain. Il ne sépare jamais le spirituel du concret. Comme Dieu au désert durant l’Exode, il donne à la fois la Parole et le pain.
Lorsque les disciples proposent de renvoyer la foule, Jésus répond par une parole déstabilisante : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ce commandement révèle la logique du Royaume. Jésus ne nie pas la pauvreté des moyens — cinq pains et deux poissons — mais il invite à les remettre entre ses mains. Le miracle ne commence pas par l’abondance, mais par l’offrande humble de ce qui est là. Le geste de Jésus — bénir, rompre, donner — annonce déjà le mystère eucharistique : l’amour de Dieu se donne jusqu’à se laisser rompre pour nourrir.
Dans la spiritualité de l’Enfant de Bethléem, ce passage prend une profondeur particulière. Le Dieu qui nourrit la foule est le même Dieu qui s’est fait enfant, fragile et dépendant. Il ne sauve pas de loin. Il s’approche. Il partage la condition humaine. La multiplication des pains révèle un Dieu profondément réaliste. Il ne méprise pas la faim du corps. Il sait que l’homme a besoin de pain, mais aussi de sens, de présence, de reconnaissance. L’amour de Dieu ne spiritualise pas la misère humaine : il la rejoint.
Dire que Dieu est amour, c’est dire que Dieu se donne. C’est dire qu’il ne garde rien pour lui. C’est dire que l’amour est fécond, qu’il rassasie, qu’il dépasse nos calculs. Les douze paniers de restes sont le signe que l’amour de Dieu ne se laisse jamais enfermer dans la peur du manque. Mais cet amour appelle aussi une conversion du regard. Les disciples apprennent que l’amour ne consiste pas d’abord à renvoyer les problèmes ailleurs, mais à les porter avec le Christ. L’amour véritable commence lorsque nous acceptons de donner ce que nous avons, même si cela nous semble insuffisant.
La Parole de Dieu de ce jour nous appelle à un discernement simple et exigeant. Si Dieu est amour, alors la foi ne peut jamais se réduire à un discours. Elle se vérifie dans la compassion, dans le partage, dans la proximité avec les plus fragiles.
Sommes-nous prêts à croire que l’amour suffit, même lorsqu’il paraît démuni ? Acceptons-nous de remettre nos cinq pains et nos deux poissons — notre temps, nos forces, nos fragilités — entre les mains du Christ ? Laissons-nous l’amour de Dieu transformer notre manière de regarder les foules, les proches, les blessés, et nous-mêmes ?
Prière du jour
Dieu d’amour,
toi qui nous as aimés le premier
et qui as envoyé ton Fils
pour nous donner la vie,
ouvre nos cœurs à ta compassion.
Apprends-nous à aimer
non par obligation,
mais par fidélité à ce que nous avons reçu.
Que nos vies deviennent un pain partagé,
un signe humble de ta présence
au milieu du monde.
Amen.
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là,
Jésus vit une grande foule.
Il fut saisi de compassion envers eux,
parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger.
Alors, il se mit à les enseigner longuement.
Déjà l’heure était avancée ;
s’étant approchés de lui, ses disciples disaient :
« L’endroit est désert et déjà l’heure est tardive.
Renvoie-les :
qu’ils aillent dans les campagnes et les villages des environs
s’acheter de quoi manger. »
Il leur répondit :
« Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
Ils répliquent :
« Irons-nous dépenser
le salaire de deux cents journées
pour acheter des pains
et leur donner à manger ? »
Jésus leur demande :
« Combien de pains avez-vous ?
Allez voir. »
S’étant informés, ils lui disent :
« Cinq, et deux poissons. »
Il leur ordonna de les faire tous asseoir par groupes
sur l’herbe verte.
Ils se disposèrent par carrés de cent et de cinquante.
Jésus prit les cinq pains et les deux poissons,
et, levant les yeux au ciel,
il prononça la bénédiction
et rompit les pains ;
il les donnait aux disciples pour qu’ils les distribuent à la foule.
Il partagea aussi les deux poissons entre eux tous.
Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés.
Et l’on ramassa
les morceaux de pain qui restaient, de quoi remplir douze paniers,
ainsi que les restes des poissons.
Ceux qui avaient mangé les pains
étaient au nombre de cinq mille hommes.
Références bibliques
- 1 Jn 4, 7-10
- Mc 6, 34-44
Pour méditer
- Où reconnaissons-nous aujourd’hui notre propre faim : de sens, de paix, de présence ?
- Quels sont les « cinq pains et deux poissons » que nous sommes appelés à offrir au Christ ?
- Comment laisser l’amour reçu de Dieu devenir amour donné dans notre vie quotidienne ?






























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