L’Évangile de ce jour nous montre un moment décisif : Jésus demeure à l’origine de la mission, mais il en confie désormais l’exercice à ses disciples. Les Douze sont envoyés sur les routes, sans garanties, sans sécurités, porteurs d’une Parole plus grande qu’eux. La foi se met en marche, et le témoignage devient chemin.
Dans la première lecture (1 R 2, 1-4.10-12), nous assistons aux derniers instants du roi David. Avant de mourir, il transmet à son fils Salomon l’essentiel : non pas une stratégie politique, mais une fidélité : « Garde les observances du Seigneur ton Dieu, marche dans ses voies ».
David ne lègue pas seulement un royaume, mais une alliance. La continuité ne repose pas sur la force militaire ni sur la richesse, mais sur une marche humble avec Dieu. La foi ne se conserve pas par l’immobilité : elle se transmet dans un passage, une parole confiée, une responsabilité reçue. Déjà, l’Écriture nous apprend que le témoignage est toujours une histoire de relais.
Dans l’Évangile selon saint Marc (Mc 6, 7-13), un tournant s’opère. Jésus appelle les Douze et les envoie deux par deux. Pour la première fois, ils ne sont plus seulement auditeurs ou témoins : ils deviennent acteurs de la mission. Fait frappant : Jésus se retire. Il ne les accompagne pas. Il leur confie son autorité, mais pas ses sécurités. « Ne prenez rien pour la route… » : pas de pain, pas de sac, pas d’argent. Seulement un bâton, des sandales, et la Parole.
Les disciples annoncent la conversion, expulsent les esprits impurs, guérissent les malades. Ce n’est plus seulement Jésus qui agit : son œuvre se prolonge dans des vies fragiles. La réaction des personnes rencontrées devient alors révélatrice : accueillir les envoyés, c’est accueillir le Christ ; les refuser, c’est refuser la Bonne Nouvelle.
Cette mission se vit dans une grande pauvreté. Les Douze marchent sans filet, dépendants de l’hospitalité, exposés au refus. Leur force n’est pas dans ce qu’ils possèdent, mais dans la confiance. Ils portent la tenue du pèlerin, car leur sanctuaire n’est pas un lieu fixe. Le temple vers lequel ils conduisent n’est pas bâti de pierres : c’est la route elle-même, lieu de la rencontre avec le Ressuscité.
Dans la spiritualité de l’Enfant de Bethléem, cette page est lumineuse. À Bethléem, Dieu s’est donné sans protection, sans puissance visible, dans la pauvreté la plus totale. Les Douze prolongent ce style divin : ils annoncent la Vie non par la domination, mais par la dépossession. Le Royaume se transmet par des témoins qui acceptent d’être vulnérables.
C’est ainsi que l’histoire de l’Église s’est écrite : par des hommes et des femmes en marche, souvent inconnus, parfois rejetés, parfois persécutés. Les martyrs en sont l’expression la plus radicale : ils ont tout donné pour témoigner que la vraie Vie ne peut être détruite.
Cette page d’Évangile nous rejoint directement. Nous aussi, nous sommes envoyés, souvent dans la discrétion, parfois dans l’insécurité. Témoigner ne signifie pas convaincre à tout prix, mais marcher avec fidélité, annoncer par la vie, accepter que tout ne soit pas accueilli. La mission commence quand nous cessons de vouloir tout maîtriser. Elle grandit quand nous faisons confiance à la Parole de Dieu plus qu’à nos moyens. Elle porte du fruit lorsque nous acceptons que Dieu agisse à travers notre pauvreté.
Marcher comme témoins, c’est croire que le Ressuscité nous précède déjà sur les routes de nos vies.
Prière du jour
Seigneur Jésus,
toi qui appelles et qui envoies,
apprends-nous la liberté des témoins.Dans l’esprit de Bethléem,
délivre-nous du besoin de sécurité,
donne-nous la confiance des pauvres,
la joie de marcher sans posséder.Fais de nos vies des chemins ouverts,
où ta Parole peut passer,
guérir, relever et rassembler.
Amen.
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là,
Jésus appela les Douze ;
alors il commença à les envoyer en mission deux par deux.
Il leur donnait autorité sur les esprits impurs,
et il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route,
mais seulement un bâton ;
pas de pain, pas de sac,
pas de pièces de monnaie dans leur ceinture.
« Mettez des sandales,
ne prenez pas de tunique de rechange. »
Il leur disait encore :
« Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison,
restez-y jusqu’à votre départ.
Si, dans une localité,
on refuse de vous accueillir et de vous écouter,
partez et secouez la poussière de vos pieds :
ce sera pour eux un témoignage. »
Ils partirent,
et proclamèrent qu’il fallait se convertir.
Ils expulsaient beaucoup de démons,
faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades,
et les guérissaient.
Références bibliques
- 1 R 2, 1-4.10-12
- Mc 6, 7-13
Pour méditer
- Où acceptons-nous de marcher sans tout contrôler, en faisant confiance à la Parole de Dieu ?
- Quelles pauvretés deviennent pour nous des lieux de témoignage ?
- Comment notre manière de vivre annonce-t-elle déjà l’Évangile ?






























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