En ce temps de Carême, la Parole de Dieu nous invite à ouvrir les yeux. Non seulement les yeux du corps, mais surtout ceux du cœur. Car voir Dieu ne dépend pas seulement de ce que nous regardons, mais de la lumière intérieure qui éclaire notre foi.
La liturgie de ce dimanche nous conduit à méditer sur la lumière. Elle nous rappelle que Dieu ne regarde pas comme les hommes regardent. Dans la première lecture, tirée du premier livre de Samuel, le prophète est envoyé par Dieu pour choisir le futur roi d’Israël parmi les fils de Jessé. Samuel est impressionné par l’apparence des premiers fils, mais le Seigneur l’arrête aussitôt : « L’homme regarde l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur » (1 S 16,7).
Ainsi, Dieu choisit David, le plus jeune, celui que personne n’attendait. Dès le début, la Parole de Dieu nous invite à dépasser les apparences pour apprendre à regarder avec les yeux de Dieu. La lettre de saint Paul aux Éphésiens poursuit cette même lumière spirituelle. L’apôtre rappelle aux chrétiens leur transformation intérieure : « Autrefois vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière » (Ep 5,8).
Cette lumière n’est pas seulement une image. Elle décrit une réalité nouvelle : celui qui rencontre le Christ est appelé à vivre autrement, à marcher dans la vérité, la justice et la bonté. C’est dans ce contexte que l’Évangile selon saint Jean nous raconte la rencontre bouleversante entre Jésus et un homme aveugle de naissance.
Lorsque Jésus passe près de lui, les disciples et les pharisiens regardent cet homme avec suspicion. À l’époque, la maladie était souvent considérée comme la conséquence d’un péché. Ils cherchent donc une explication morale à sa souffrance. Mais Jésus refuse cette logique. Il ne s’attarde pas sur les causes supposées du mal. Il voit d’abord la personne. Il est venu pour guérir les malades et pour sauver toute la personne humaine. Alors il accomplit un geste étonnant : il fait de la boue avec sa salive, l’applique sur les yeux de l’aveugle et lui dit d’aller se laver à la piscine de Siloé. L’homme obéit et revient voyant. C’est la première guérison : celle des yeux du corps.
Mais l’Évangile nous montre que cette guérison n’est que le début d’un chemin. Les pharisiens interrogent l’ancien aveugle et cherchent à discréditer Jésus. Face à leurs questions, l’homme affirme simplement : « C’est un prophète. » Sa compréhension grandit peu à peu. Ce n’est pas encore une profession de foi complète, mais déjà une ouverture.
La seconde rencontre avec Jésus marque un tournant. Après avoir été rejeté par les pharisiens, l’homme retrouve celui qui l’a guéri. Jésus lui pose une question décisive : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Lorsque Jésus se révèle à lui, l’ancien aveugle répond : « Je crois, Seigneur ! » (Jn 9,38) Et il se prosterne devant lui. Cette seconde guérison est plus profonde que la première. Jésus ne lui a pas seulement rendu la vue physique : il lui ouvre les yeux du cœur.
C’est là le véritable miracle. Car cette guérison nous concerne tous. Nous aussi, nous avons besoin d’être guéris de la cécité du cœur. Bien souvent, notre regard est obscurci par le brouillard du doute, de la peur, de l’orgueil ou de l’égoïsme. Dans ces moments-là, nous avons du mal à reconnaître la présence de Dieu dans nos vies. Pourtant, ce brouillard est trompeur. Lorsque les nuages recouvrent la montagne, le soleil ne cesse pas de briller. Il continue d’éclairer les sommets et finit par percer le brouillard.
Il en est de même dans notre vie spirituelle. Dieu n’est jamais absent. Même lorsque notre cœur est troublé, même lorsque nous avons l’impression de ne plus voir clair, la lumière du Christ demeure. Dans l’esprit de la spiritualité de Bethléem, cette lumière se révèle dans la simplicité. L’Enfant de Bethléem vient éclairer le monde non par la puissance, mais par l’humilité. C’est dans cette lumière douce que nos yeux peuvent s’ouvrir peu à peu.
Le Carême devient alors un chemin de guérison. En nous approchant du Christ, il peut dissiper le brouillard de nos cœurs et nous conduire à la vraie vision : celle de la foi. Car voir Dieu ne consiste pas seulement à regarder, mais à croire.
Prière du jour
Seigneur Jésus,
toi qui es la lumière du monde,
viens ouvrir les yeux de notre cœur.Dissipe le brouillard de nos doutes
et éclaire notre chemin.Donne-nous un cœur simple
comme l’Enfant de Bethléem,
un cœur capable de reconnaître ta présence.Que ta lumière nous conduise à la foi
et fasse de nous des témoins de ta vérité.Amen.
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là,
en sortant du Temple,
Jésus vit sur son passage
un homme aveugle de naissance.
Il cracha à terre
et, avec la salive, il fit de la boue ;
puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle,
et lui dit :
« Va te laver à la piscine de Siloé »
– ce nom se traduit : Envoyé.
L’aveugle y alla donc, et il se lava ;
quand il revint, il voyait.
Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant
– car il était mendiant –
dirent alors :
« N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »
Les uns disaient :
« C’est lui. »
Les autres disaient :
« Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. »
Mais lui disait :
« C’est bien moi. »
On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle.
Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue
et lui avait ouvert les yeux.
À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir.
Il leur répondit :
« Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé,
et je vois. »
Parmi les pharisiens, certains disaient :
« Cet homme-là n’est pas de Dieu,
puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. »
D’autres disaient :
« Comment un homme pécheur
peut-il accomplir des signes pareils ? »
Ainsi donc ils étaient divisés.
Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle :
« Et toi, que dis-tu de lui,
puisqu’il t’a ouvert les yeux ? »
Il dit :
« C’est un prophète. »
Ils répliquèrent :
« Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance,
et tu nous fais la leçon ? »
Et ils le jetèrent dehors.
Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors.
Il le retrouva et lui dit :
« Crois-tu au Fils de l’homme ? »
Il répondit :
« Et qui est-il, Seigneur,
pour que je croie en lui ? »
Jésus lui dit :
« Tu le vois,
et c’est lui qui te parle. »
Il dit :
« Je crois, Seigneur ! »
Et il se prosterna devant lui.
Références bibliques
- 1 S 16, 1b.6-7.10-13a
- Ep 5, 8-14
- Jn 9, 1-41
Pour méditer
- Acceptons-nous de laisser le Christ éclairer les zones d’ombre de notre cœur ?
- Reconnaissons-nous que Dieu regarde le cœur bien plus que les apparences ?
- Sommes-nous prêts à passer de la simple vision extérieure à la vraie lumière de la foi ?





























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