Regarder est un acte simple, presque automatique. Et pourtant, tout dépend de la manière dont nous regardons. En ce temps d’Avent, la Parole de Dieu nous interroge : notre regard s’arrête-t-il à ce qui est immédiat, ou accepte-t-il d’être élargi pour discerner ce qui vient ? Car regarder au loin, ce n’est pas fuir le présent, c’est apprendre à y reconnaître l’avenir que Dieu prépare.
Lorsque nous regardons autour de nous, que voyons-nous vraiment ? Des formes, des visages, des situations… ou bien quelque chose de plus profond, de plus discret, de plus prometteur ? Les lectures de ce jour nous mettent devant deux manières de voir radicalement différentes. Deux regards, deux mondes.
Dans la première lecture, un personnage inattendu surgit : Balaam. Il n’est pas prophète d’Israël, il est païen. Et pourtant, lorsqu’il regarde les tentes du peuple juif, l’Esprit de Dieu vient ouvrir ses yeux. Alors son regard se transforme. Ce qu’il voyait jusque-là comme une simple installation humaine devient, sous l’action de l’Esprit, le lieu d’une promesse. Balaam voit plus loin que le présent. Il annonce ce qui vient : « Je le vois, mais pas pour maintenant ; je l’aperçois, mais pas de près : un astre surgit de Jacob… » (Nb 24,17)
Ce regard prophétique n’est pas une performance intellectuelle. Il est un don. Balaam ne force rien. Il reçoit. Dieu s’infiltre dans son regard et lui permet de voir l’avenir là où d’autres ne voient qu’un campement ordinaire. Un astre se lève, dit-il. Une lumière se prépare.
Face à ce regard ouvert par l’Esprit, l’Évangile nous présente un contraste saisissant. Jésus enseigne dans le Temple. Les grands prêtres et les anciens du peuple l’observent. Ils voient Jésus parler, ils entendent ses paroles, ils assistent à ses gestes… mais leur regard reste fermé. Soupçon, jalousie, peur de perdre leur autorité : tout les empêche de reconnaître ce qui se tient devant eux. Ils interrogent Jésus sur son autorité, non pour comprendre, mais pour le piéger.
Jésus, avec une sagesse paisible, renvoie la question vers eux-mêmes : « Le baptême de Jean venait-il du ciel ou des hommes ? » (Mt 21,25) Et là, tout se révèle. Ils savent… mais ils n’osent pas dire. Leur regard est prisonnier du calcul, de la peur, du regard des autres. Ils concluent : « Nous ne savons pas. » En réalité, ils voient, mais refusent de reconnaître.
Ainsi, dans ces deux scènes, une vérité s’impose : ce n’est pas la proximité qui garantit la vision. Le prophète païen voit au loin ce que les chefs religieux, pourtant proches de Jésus, ne reconnaissent pas. Ce qui fait la différence, ce n’est pas la connaissance, mais la disponibilité intérieure.
Dans la spiritualité de l’Enfant de Bethléem, cette question du regard est centrale. L’Enfant qui vient à Noël ne s’impose pas. Il se donne à voir dans la fragilité, dans le silence, dans la discrétion. Pour le reconnaître, il faut un regard réchauffé par l’Esprit, un regard qui accepte de dépasser l’immédiat. Balaam a vu l’astre de loin. Les prêtres, eux, avaient la Lumière devant eux… et n’ont pas vu.
En ce temps qui prépare Noël, la Parole de Dieu nous rejoint avec douceur et exigence : quelle est la qualité de notre regard ? Les jours qui viennent sont-ils pour nous seulement une succession d’activités, de préoccupations, de fatigue ? Ou bien, éclairés par l’Esprit, commençons-nous à discerner l’astre qui se lève dans nos vies ?
Jésus l’a dit clairement : « Je suis la Lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres. » (Jn 8,12) Si cette lumière est là, pourquoi avoir peur ? Pourquoi avoir froid ? Pourquoi rester enfermés dans un regard court, inquiet, défensif ?
Regarder au loin, ce n’est pas rêver. C’est consentir à laisser Dieu élargir notre vision, afin de reconnaître ce qu’Il est déjà en train de faire naître.
Prière du jour
Enfant de Bethléem,
toi qui viens comme une lumière discrète dans nos nuits,
ouvre nos yeux pour que nous sachions reconnaître ta venue.
Purifie notre regard de la peur et du soupçon.
Donne-nous la simplicité de ceux qui savent attendre
et la confiance de ceux qui voient l’astre se lever.
Que notre regard devienne un lieu de lumière
où ton avenir puisse déjà prendre forme.
Amen.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
Jésus était entré dans le Temple,
et, pendant qu’il enseignait,
les grands prêtres et les anciens du peuple
s’approchèrent de lui et demandèrent :
« Par quelle autorité fais-tu cela,
et qui t’a donné cette autorité ? »
Jésus leur répliqua :
« À mon tour, je vais vous poser une question, une seule ;
et si vous me répondez,
je vous dirai, moi aussi, par quelle autorité je fais cela :
Le baptême de Jean, d’où venait-il ?
du ciel ou des hommes ? »
Ils faisaient en eux-mêmes ce raisonnement :
« Si nous disons : “Du ciel”,
il va nous dire :
“Pourquoi donc n’avez-vous pas cru à sa parole ?”
Si nous disons : “Des hommes”,
nous devons redouter la foule,
car tous tiennent Jean pour un prophète. »
Ils répondirent donc à Jésus :
« Nous ne savons pas ! »
Il leur dit à son tour :
« Moi, je ne vous dis pas non plus
par quelle autorité je fais cela.
Pour lire les lectures du jour, consultez AELF – 15 décembre 2025.
Références bibliques
- Nb 24, 2-7.15-17a
- Mt 21, 23-27






























Comments are closed.