Il est des pages d’Évangile qui nous surprennent par leur retenue. Aujourd’hui, Jésus ne condamne pas, ne s’emporte pas, ne menace pas. Il s’étonne. Face au refus de croire de ceux qui le connaissent le mieux, Jésus demeure désarmé, respectueux, silencieusement peiné. Et cette stupeur révèle quelque chose de profond sur le cœur de Dieu… et sur le nôtre.
L’Évangile nous conduit à Nazareth, le lieu des origines, le village de l’enfance, l’espace du familier. Jésus y revient, accompagné de ses disciples, et enseigne dans la synagogue. Les auditeurs sont d’abord frappés d’étonnement : sagesse, autorité, puissance. Mais très vite, l’étonnement se transforme en blocage. La question n’est plus : « Que dit-il ? » mais : « Qui est-il pour nous parler ainsi ? » Ils croient savoir. Ils connaissent son histoire, sa famille, son métier. Et cette proximité devient un obstacle. Parce qu’ils enferment Jésus dans ce qu’ils pensent déjà savoir de lui, ils se ferment à ce qu’il est en train de révéler.
C’est là que l’Évangile nous livre une parole bouleversante : Jésus s’étonna de leur manque de foi (Mc 6,6). Il ne les condamne pas. Il ne les humilie pas. Il ne les exclut pas. Il s’étonne. Cet étonnement n’est pas celui d’un Dieu blessé dans son orgueil. Il est celui d’un amour qui se heurte à une porte close. Jésus s’étonne parce que sa Parole est offerte pour le bonheur, la guérison, la vie — et qu’elle est refusée non par hostilité déclarée, mais par familiarité figée. L’incrédulité de Nazareth n’est pas violente ; elle est tiède, raisonnable, rassurante. Elle dit : « Cela ne peut pas être ainsi. »
Cette scène rejoint profondément la première lecture, où David, dans le livre de Samuel, découvre le poids de ses choix et la fragilité de sa propre foi. Le peuple a voulu se compter, se sécuriser, s’assurer par ses propres forces. Et David doit reconnaître que cette logique l’éloigne de la confiance véritable. Là encore, Dieu ne détruit pas. Il révèle. Il laisse apparaître la vérité du cœur humain lorsqu’il préfère la maîtrise à l’abandon.
Dans l’Évangile, cette fermeture a une conséquence grave mais silencieuse : Jésus ne peut y accomplir aucun miracle. Non parce que sa puissance serait limitée, mais parce que Dieu ne force jamais la foi. Le miracle n’est pas une démonstration magique ; il est toujours une rencontre. Là où la foi se ferme, la grâce respecte cette fermeture. Dieu ne s’impose pas, même pour faire du bien.
Dans la spiritualité de l’Enfant de Bethléem, cette page prend une profondeur toute particulière. À Bethléem déjà, Dieu s’est présenté sans éclat, sans preuve contraignante, dans la vulnérabilité d’un enfant. Beaucoup sont passés à côté. Quelques-uns seulement ont reconnu. Dieu accepte ce risque immense : celui de n’être pas cru. Il préfère l’amour libre à l’adhésion forcée.
Ainsi, lorsque notre foi vacille, lorsque nous doutons, lorsque nous nous éloignons, Jésus ne nous rejette pas. Il s’étonne. Il s’étonne parce qu’il désire notre bonheur. Parce qu’il sait ce que sa Parole peut accomplir en nous. Parce qu’il voit plus loin que nos résistances. Son étonnement est celui d’un amour patient qui attend encore.
Cette page d’Évangile devient alors un appel pour nous. Où avons-nous enfermé Jésus dans des images figées ? Où croyons-nous déjà savoir, au point de ne plus écouter ? Où la familiarité avec le langage de la foi est-elle devenue un écran plutôt qu’un passage ?
Nazareth n’est pas seulement un lieu géographique. C’est parfois notre propre cœur. Aujourd’hui, la Parole de Dieu nous invite à un geste simple et décisif : rouvrir l’espace intérieur. Laisser Jésus être plus grand que nos idées sur lui. Accueillir de nouveau, humblement, ce que nous pensions déjà connaître. Car là où la foi s’ouvre, même timidement, la vie peut à nouveau circuler.
Prière du jour
Seigneur Jésus,
toi qui t’étonnes sans condamner,
toi qui respectes notre liberté
même lorsqu’elle se ferme,dans l’humilité de Bethléem,
apprends-nous à te reconnaître
là où nous croyions déjà te connaître.Libère-nous des images figées,
rends-nous la fraîcheur de l’écoute,
ouvre en nous un espace de foi vivante.Que notre cœur redevienne un lieu
où ta Parole peut agir,
guérir, relever et sauver.
Amen.
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là,
Jésus se rendit dans son lieu d’origine,
et ses disciples le suivirent.
Le jour du sabbat,
il se mit à enseigner dans la synagogue.
De nombreux auditeurs, frappés d’étonnement, disaient :
« D’où cela lui vient-il ?
Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée,
et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ?
N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie,
et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ?
Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? »
Et ils étaient profondément choqués à son sujet.
Jésus leur disait :
« Un prophète n’est méprisé que dans son pays,
sa parenté et sa maison. »
Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ;
il guérit seulement quelques malades
en leur imposant les mains.
Et il s’étonna de leur manque de foi.
Alors Jésus parcourait les villages d’alentour en enseignant.
Références bibliques
- 2 S 24, 2.9-17
- Mc 6, 1-6
Pour méditer
- Où risquons-nous de confondre familiarité avec la foi et véritable confiance en Dieu ?
- Quelles portes intérieures avons-nous peut-être fermées par habitude, par peur ou par certitude excessive ?
- Acceptons-nous que Jésus nous surprenne encore, même là où nous pensions tout savoir de lui ?





























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