À peine entrés dans le Carême, la Parole de Dieu nous conduit au cœur d’une question essentielle : qu’est-ce que le jeûne qui plaît à Dieu ? Nous désirons offrir quelque chose au Seigneur, mais Lui-même vient purifier notre compréhension. Dans l’Esprit simple et filial de l’Enfant de Bethléem, nous demandons aujourd’hui : Seigneur, apprends-nous le vrai jeûne.
Dans la première lecture, le prophète Isaïe élève la voix avec force. Le peuple jeûne, s’humilie, multiplie les pratiques pénitentielles, mais Dieu semble ne pas répondre. Pourquoi ? Parce que, dit le Seigneur, le jeûne reste extérieur, tandis que le cœur demeure dur. « Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés ? (…) Partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans abri » (Is 58,6-7).
Dieu ne rejette pas le jeûne corporel. Il le purifie. Il l’oriente. Il nous révèle que la privation n’a de sens que si elle ouvre le cœur. Un jeûne qui rend violent, orgueilleux ou dur n’est pas un jeûne selon Dieu. Un jeûne accompli pour être vu n’atteint pas le cœur du Père. Isaïe va même plus loin : un tel déséquilibre ferme le ciel à notre prière.
Dans l’Évangile, les disciples de Jean s’étonnent : pourquoi les disciples de Jésus ne jeûnent-ils pas ? Jésus répond par l’image de l’Époux : « Les invités de la noce pourraient-ils être en deuil pendant que l’Époux est avec eux ? (…) Des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront » (Mt 9,15).
Le jeûne chrétien naît d’un manque, d’un désir, d’une attente. Tant que l’Époux est là, c’est la joie. Lorsqu’il semble absent, le cœur apprend la faim. Nous sommes aujourd’hui dans ce temps : le Christ n’est plus visible à nos yeux. Nous vivons dans l’attente, dans le désir de sa venue plénière. Voilà pourquoi le jeûne a sa place : il exprime notre soif de Dieu.
Dans l’Esprit de Bethléem, le jeûne devient simplicité et amour. Il ne s’agit pas d’abord de multiplier des privations spectaculaires, mais d’apprendre à se retirer de soi-même pour laisser place à Dieu et aux autres. Jeûner, c’est renoncer à la dureté. Jeûner, c’est se priver d’une parole blessante. Jeûner, c’est refuser la jalousie, l’indifférence, l’égoïsme. Jeûner, c’est partager.
Si la privation fait naître un désir plus grand, alors le jeûne chrétien creuse en nous l’espace de Dieu. Il nous apprend à ne pas être esclaves de nos impulsions. Il rend notre cœur plus libre, plus disponible, plus fraternel. Ainsi, le jeûne devient mission : faire tomber les chaînes, ouvrir les portes, soulager la misère, incarner la douceur du Christ.
Le Carême nous est donné comme un temps favorable. Non pour nous durcir, mais pour nous dilater. Non pour nous replier, mais pour aimer davantage. Lorsque nous jeûnons du mal, notre cœur devient capable d’accueillir l’Époux. La privation prépare la plénitude. Alors aujourd’hui, demandons humblement : Seigneur, apprends-nous à jeûner. Apprends-nous le jeûne qui ouvre, qui libère, qui console. Apprends-nous le jeûne qui rend le cœur semblable au tien.
Prière du jour
Seigneur Jésus,
Époux discret et fidèle,
apprends-nous le jeûne du cœur.Délivre-nous de l’orgueil et de la dureté.
Donne-nous un cœur simple,
pauvre et disponible comme l’Enfant de Bethléem.Que notre privation devienne amour,
que notre silence devienne écoute,
que notre faim devienne désir de ta présence.Fais de nous des artisans de justice et de paix,
et prépare nos cœurs à la joie de ta venue.
Amen.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
les disciples de Jean le Baptiste s’approchèrent de Jésus
en disant :
« Pourquoi, alors que nous et les pharisiens, nous jeûnons,
tes disciples ne jeûnent-ils pas ? »
Jésus leur répondit :
« Les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil
pendant le temps où l’Époux est avec eux ?
Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ;
alors ils jeûneront. »
Références bibliques
- Is 58, 1-9a
- Mt 9, 14-15
Pour méditer
- Lorsque nous jeûnons, cherchons-nous à paraître ou à aimer davantage ?
- De quoi avons-nous réellement besoin de nous priver pour devenir plus libres intérieurement ?
- Notre jeûne ouvre-t-il concrètement nos mains et notre cœur aux plus pauvres ?






























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