Au lendemain de l’Épiphanie, la liturgie nous conduit plus loin encore sur le chemin de la manifestation du Christ. Après avoir été reconnu par les mages venus d’ailleurs, Jésus commence sa mission au cœur d’une terre mêlée, la Galilée des nations. Reconnaître la lumière ne suffit pas : encore faut-il accepter de la suivre.
Les lectures de ce jour prolongent naturellement la fête de l’Épiphanie. Hier, la lumière du Christ se révélait aux nations représentées par les mages ; aujourd’hui, cette lumière commence à transformer concrètement la vie des hommes. Jésus est en Galilée, région frontalière, marquée par le brassage des cultures, des croyances et des influences. Ce choix n’est pas anodin. C’est là, dans ce carrefour humain et spirituel, que Jésus inaugure sa prédication.
L’évangéliste Matthieu souligne que ce déplacement accomplit la parole du prophète Isaïe : « Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière » (Mt 4,16). La Galilée devient ainsi le lieu symbolique où la lumière de Dieu se lève pour ceux qui vivaient dans l’ombre, dans l’attente confuse, parfois dans l’indifférence religieuse. Jésus n’attend pas que les hommes soient prêts ou parfaitement disposés : il vient à leur rencontre là où ils sont.
À partir de ce moment, Jésus proclame un appel simple et radical : « Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche » (Mt 4,17). La conversion n’est pas d’abord une condamnation, mais une invitation à changer de regard. Elle consiste à reconnaître que Dieu est déjà à l’œuvre, que son Royaume est proche, et qu’il appelle une réponse libre. Convertir, c’est se laisser déplacer.
Les foules affluent de partout : Galilée, Judée, Décapole, Syrie. Elles ne viennent pas encore confesser la foi au Fils de Dieu. Elles viennent parce qu’elles ont entendu parler d’un homme qui guérit, qui soulage, qui relève. Elles viennent avec leurs blessures, leurs maladies, leurs tourments. Jésus accueille cette humanité telle qu’elle est. Il enseigne, il proclame l’Évangile du Royaume, il guérit. Sa bonté rayonne avant même d’être comprise.
Notre existence ressemble souvent à cette Galilée des nations. Elle est traversée de fidélités et de résistances, de foi et d’indifférence, de désir de Dieu et de repli sur soi. Il y a aussi en chacun de nous une part de « Galilée païenne » : cette zone intérieure où le Verbe incarné n’est pas encore pleinement accueilli, où nous préférons parfois la routine à la conversion, la sécurité à la confiance.
La fête de l’Épiphanie, suivie de ces premiers pas publics de Jésus, nous enseigne que la foi est un chemin progressif. Il y a la grande lumière qui se révèle, puis les multiples épiphanies de la vie quotidienne : une parole qui éclaire, une guérison intérieure, une présence discrète reconnue dans les sacrements, une paix retrouvée. Encore faut-il accepter d’ouvrir les fenêtres du cœur. Dans la spiritualité de l’Enfant de Bethléem, cette dynamique est essentielle. Dieu ne s’impose jamais. Il se manifeste, puis il attend. Il éclaire, puis il appelle à suivre. L’Enfant de la crèche devient l’homme qui marche sur les routes de Galilée, offrant la lumière à ceux qui acceptent de quitter leurs ténèbres.
La lettre de saint Jean nous rappelle que cette reconnaissance n’est possible que par l’action de l’Esprit : Dieu demeure en ceux qui gardent sa parole, et l’Esprit nous conduit à la vérité, à la confession du Fils et à l’amour du prochain (cf. 1 Jn 3,22 – 4,6). Reconnaître la lumière conduit nécessairement à la suivre, et suivre le Christ conduit à aimer. Aujourd’hui encore, la lumière se lève sur nos chemins. La question demeure ouverte : reconnaîtrons-nous cette lumière lorsqu’elle traverse nos ténèbres ordinaires ? Oserons-nous nous lever, quitter le rivage et marcher à la suite du Christ, là où il nous précède déjà ?
Prière du jour
Seigneur Jésus,
Lumière levée sur nos ténèbres,
apprends-nous à reconnaître ta présence
dans les chemins ordinaires de nos vies.
Donne-nous un cœur disponible à ta parole,
le courage de la conversion
et la joie de te suivre sans réserve.
Que, guidés par ton Esprit,
nous devenions des témoins humbles
de ton Royaume déjà à l’œuvre.
Amen.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
quand Jésus apprit l’arrestation de Jean le Baptiste,
il se retira en Galilée.
Il quitta Nazareth
et vint habiter à Capharnaüm,
ville située au bord de la mer de Galilée,
dans les territoires de Zabulon et de Nephtali.
C’était pour que soit accomplie
la parole prononcée par le prophète Isaïe :
Pays de Zabulon et pays de Nephtali,
route de la mer et pays au-delà du Jourdain,
Galilée des nations !
Le peuple qui habitait dans les ténèbres
a vu une grande lumière.
Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort,
une lumière s’est levée.
À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer :
« Convertissez-vous,
car le royaume des Cieux est tout proche. »
Jésus parcourait toute la Galilée ;
il enseignait dans leurs synagogues,
proclamait l’Évangile du Royaume,
guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.
Sa renommée se répandit dans toute la Syrie.
On lui amena tous ceux qui souffraient,
atteints de maladies et de tourments de toutes sortes :
possédés, épileptiques, paralysés.
Et il les guérit.
De grandes foules le suivirent,
venues de la Galilée, de la Décapole,
de Jérusalem, de la Judée,
et de l’autre côté du Jourdain.
Références bibliques
- 1 Jn 3, 22 — 4, 6
- Mt 4, 12-17.23-25





























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