Au cœur de la foi chrétienne se trouve une expérience décisive : celle d’un amour qui libère de la peur. En unissant la parole forte de saint Jean et le récit bouleversant de la tempête apaisée, la liturgie nous révèle aujourd’hui que la véritable sécurité ne vient pas de l’absence d’épreuve, mais de la présence du Christ. Là où Dieu est accueilli, la crainte recule.
Dans la première lecture, tirée de la première lettre de saint Jean (1 Jn 4,11-18), l’apôtre poursuit son enseignement sur l’essentiel de la vie chrétienne. Après avoir affirmé que Dieu est amour, il en tire une conséquence radicale : celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. L’amour n’est pas seulement un commandement à accomplir, il est un lieu où habiter.
Jean va plus loin encore en affirmant une parole décisive : « Il n’y a pas de crainte dans l’amour ; l’amour parfait chasse la crainte. » La peur, selon Jean, n’est pas simplement une émotion humaine. Elle révèle une relation inachevée avec Dieu. Craindre, c’est encore se tenir à distance, ne pas faire pleinement confiance. À l’inverse, aimer, c’est consentir à une relation filiale, libre, confiante. La crainte appartient à l’ancien monde ; l’amour accompli appartient déjà au Royaume.
L’Évangile selon saint Marc (Mc 6,45-52) donne chair à cet enseignement. Après la multiplication des pains, Jésus envoie ses disciples sur la mer tandis que lui-même se retire pour prier. La nuit tombe. Le vent se lève. La barque est ballottée. Les disciples rament avec peine, isolés, épuisés, enfermés dans l’obscurité.
La scène est chargée de symboles : la nuit, la mer, le vent contraire disent la fragilité humaine face à l’épreuve. Et lorsque Jésus s’approche en marchant sur les eaux, ce n’est pas d’abord la joie qui surgit, mais la peur : « Ils pensaient que c’était un fantôme, et ils poussèrent des cris. » La peur déforme la réalité. Elle empêche de reconnaître la présence salvatrice. Mais Jésus ne laisse pas ses disciples enfermés dans leur angoisse. Il prononce une parole qui traverse les siècles : « Confiance ! C’est moi ; n’ayez pas peur ! » Ce n’est qu’au moment où Jésus monte dans la barque que le vent tombe. La tempête extérieure s’apaise, mais surtout une tempête intérieure commence à se calmer. Pourtant, l’évangéliste note avec sobriété : leur cœur était endurci. La foi est encore en chemin.
Dans la spiritualité de l’Enfant de Bethléem, ce passage prend une profondeur particulière. Le Christ qui marche sur la mer est le même qui s’est fait petit enfant, vulnérable et silencieux. Il ne supprime pas d’emblée les tempêtes de la vie ; il y entre. Il ne promet pas l’absence d’épreuves, mais sa présence fidèle au cœur de celles-ci.
Comme dans la barque, Jésus est souvent présent dans nos vies sans que nous le reconnaissions immédiatement. Il est là, parfois silencieux, parfois discret. Et lorsque la peur monte — peur de l’avenir, peur de l’échec, peur de perdre, peur de ne pas être à la hauteur — il nous redit : « C’est moi. N’ayez pas peur. » L’amour sans crainte ne signifie pas une vie sans fragilité. Il signifie une vie habitée. Une vie où la confiance ne repose pas sur nos forces, mais sur la fidélité de Dieu.
La Parole de Dieu nous invite aujourd’hui à un choix intérieur. Soit nous laissons la peur gouverner nos décisions, durcir nos cœurs, refermer nos relations. Soit nous acceptons de demeurer dans l’amour reçu, même lorsque tout n’est pas clair, même lorsque la nuit est là. Demeurer dans l’amour, c’est faire la volonté de Dieu, non par contrainte, mais par confiance. C’est croire que, dans la barque de notre vie personnelle, communautaire ou missionnaire, le Christ est déjà présent. Et que sa présence suffit.
Prière du jour
Seigneur Jésus,
toi qui viens à notre rencontre au cœur de la nuit,
apprends-nous à reconnaître ta présence
lorsque la peur nous envahit.
Fais grandir en nous un amour confiant,
capable de chasser toute crainte.
Que, demeurant en toi,
nous devenions des témoins paisibles
de ta fidélité au milieu des tempêtes du monde.
Amen.
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
Aussitôt après avoir nourri les cinq mille hommes,
Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque
et à le précéder sur l’autre rive, vers Bethsaïde,
pendant que lui-même renvoyait la foule.
Quand il les eut congédiés,
il s’en alla sur la montagne pour prier.
Le soir venu, la barque était au milieu de la mer
et lui, tout seul, à terre.
Voyant qu’ils peinaient à ramer,
car le vent leur était contraire,
il vient à eux vers la fin de la nuit
en marchant sur la mer,
et il voulait les dépasser.
En le voyant marcher sur la mer,
les disciples pensèrent que c’était un fantôme
et ils se mirent à pousser des cris.
Tous, en effet, l’avaient vu et ils étaient bouleversés.
Mais aussitôt Jésus parla avec eux et leur dit :
« Confiance ! c’est moi ; n’ayez pas peur ! »
Il monta ensuite avec eux dans la barque
et le vent tomba ;
et en eux-mêmes
ils étaient au comble de la stupeur,
car ils n’avaient rien compris au sujet des pains :
leur cœur était endurci.
Références bibliques
- 1 Jn 4, 11-18
- Mc 6, 45-52
Pour méditer
- Quels sont les vents contraires qui agitent aujourd’hui notre barque intérieure ou communautaire ?
- Reconnaissons-nous la présence du Christ même lorsque nous ne la ressentons pas ?
- Comment laisser l’amour reçu de Dieu transformer nos peurs en confiance ?






























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