Chaque année, au deuxième dimanche de Carême, la liturgie nous conduit sur la haute montagne de la Transfiguration. Après le désert et les tentations, voici la lumière. Dieu nous fait pressentir la gloire au moment même où nous avançons vers la Passion. Comme si le chemin vers Pâques devait passer à la fois par l’éclat du Thabor et par l’ombre du Golgotha.
La première lecture nous rappelle l’appel d’Abram : « Quitte ton pays… et va vers le pays que je te montrerai » (Gn 12,1). Rien n’est encore visible, rien n’est assuré. Dieu ne donne pas un plan détaillé, mais une promesse. Abram doit marcher dans la confiance, quitter ses sécurités, s’en remettre à une parole. Toute vie spirituelle commence ainsi : un appel, un départ, une montée vers l’inconnu soutenue par la fidélité de Dieu.
Dans la deuxième lecture, saint Paul exhorte Timothée : « Avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Évangile » (2 Tm 1,8). Le Christ « a détruit la mort et fait resplendir la vie ». La lumière est déjà là, mais elle ne supprime pas l’épreuve. Elle la traverse et lui donne sens.
Puis l’Évangile nous élève sur le Thabor. Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean. Là, son visage devient « brillant comme le soleil » et ses vêtements « blancs comme la lumière » (Mt 17,2). Moïse et Élie apparaissent : toute l’histoire d’Israël converge vers lui. Pierre, émerveillé, s’écrie : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! » Il voudrait fixer l’instant, dresser des tentes, retenir la lumière.
Mais la lumière ne se retient pas. Une nuée les enveloppe, et la voix du Père retentit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé… écoutez-le ! » Puis tout redevient simple. « Ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul. » Et il faut redescendre. C’est là que se révèle le mystère de nos hauts et de nos bas spirituels. Pierre contemple aujourd’hui la gloire, mais bientôt il reniera son Seigneur. Monté si haut, il tombera si bas.
La lumière du Thabor n’empêchera pas la faiblesse du Vendredi saint. Il en va de même pour nous. Il y a des moments de clarté : une prière habitée, une paix profonde, une consolation inattendue. Dieu nous transfigure par sa présence. Puis viennent les obscurités : fatigue, doute, épreuve, silence. Nous redescendons en plaine. Dans l’Esprit de Bethléem, nous apprenons que ces reliefs font partie du chemin. Le Christ transfiguré est le même qui sera crucifié. La lumière et la croix ne s’opposent pas ; elles appartiennent au même mystère d’amour. Dieu nous visite dans l’éclat, mais il nous forme dans la fidélité au cœur de l’épreuve.
Le Carême nous enseigne à accueillir les deux. Lorsque la lumière nous est donnée, nous la recevons avec gratitude. Lorsque la croix se présente, nous puisons dans cette lumière la force de tenir. Nous nous rappelons les paroles de Paul : « Avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances… » La vie chrétienne n’est pas une succession de succès spirituels, mais un chemin de confiance.
Comme Abram, nous avançons vers une promesse. Comme Pierre, nous connaissons des élans et des chutes. Comme le Christ, nous sommes appelés à traverser la nuit pour entrer dans la Résurrection. Ne craignons ni les sommets ni les vallées. Si nous écoutons le Fils bien-aimé, si nous marchons à sa suite, la lumière reçue ne sera jamais perdue. Elle deviendra en nous une force cachée, capable de soutenir notre foi jusqu’au matin de Pâques.
Prière du jour
Seigneur Jésus,
lumière du Thabor et serviteur de la Croix,
apprends-nous à te suivre dans nos hauts et nos bas.Quand tu nous donnes la lumière,
ouvre nos cœurs à la gratitude.
Quand nous traversons l’épreuve,
rappelle-nous ta fidélité.Donne-nous un cœur simple
comme l’Enfant de Bethléem,
un cœur qui écoute,
un cœur qui se relève,
un cœur qui persévère.Conduis-nous vers la joie de Pâques.
Amen.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère,
et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne.
Il fut transfiguré devant eux ;
son visage devint brillant comme le soleil,
et ses vêtements, blancs comme la lumière.
Voici que leur apparurent Moïse et Élie,
qui s’entretenaient avec lui.
Pierre alors prit la parole et dit à Jésus :
« Seigneur, il est bon que nous soyons ici !
Si tu le veux,
je vais dresser ici trois tentes,
une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
Il parlait encore,
lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre,
et voici que, de la nuée, une voix disait :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé,
en qui je trouve ma joie :
écoutez-le ! »
Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre
et furent saisis d’une grande crainte.
Jésus s’approcha, les toucha et leur dit :
« Relevez-vous et soyez sans crainte ! »
Levant les yeux,
ils ne virent plus personne,
sinon lui, Jésus, seul.
En descendant de la montagne,
Jésus leur donna cet ordre :
« Ne parlez de cette vision à personne,
avant que le Fils de l’homme
soit ressuscité d’entre les morts. »
Références bibliques
- Gn 12, 1-4a
- 2 Tm 1, 8b-10
- Mt 17, 1-9






























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