L’Évangile de ce dimanche nous fait entendre des mots que nous connaissons par cœur : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » Ils résonnent à chaque Eucharistie, juste avant la communion, au moment où l’Église nous invite à reconnaître Celui qui se donne pour la vie du monde. Mais leur familiarité ne doit pas nous faire oublier leur profondeur. En ce dimanche qui suit le Baptême du Seigneur, la liturgie nous ramène à l’essentiel : reconnaître en Jésus Celui qui vient porter et transformer le péché d’un monde qui refuse encore de vivre selon Dieu.
La première lecture, tirée du livre d’Isaïe, nous présente la figure du Serviteur, humble et choisi, appelé à devenir « lumière des nations ». Ce Serviteur n’accomplit pas sa mission par la force ou la domination, mais par la douceur et l’obéissance. Dieu se plaît à passer par ce qui est vulnérable pour illuminer ce qui est en ténèbres. De même, saint Paul rappelle dans sa lettre aux Corinthiens que la communauté chrétienne est déjà sanctifiée dans le Christ : avant même tout effort, c’est la grâce de Dieu qui précède, qui confirme, qui consacre. Le salut n’est pas d’abord un changement moral, mais une relation qui transforme.
L’Évangile de Jean, lui, ne raconte pas le baptême de Jésus : il nous donne le témoignage de Jean le Baptiste. Et ce témoignage commence par cette proclamation : « Voici l’Agneau de Dieu. » Pour un Juif, cette expression évoquait immédiatement l’agneau pascal, celui dont le sang avait protégé les premiers-nés au moment de l’Exode, mais aussi l’agneau des sacrifices, symboliquement chargé des fautes du peuple.
Et pourtant, Jean va plus loin : il ne parle pas des « péchés » au pluriel, mais du « péché du monde ». Il vise moins les transgressions individuelles que la réalité profonde d’un monde entier structuré en dehors de l’Évangile. Le péché du monde, c’est l’injustice persistante, la violence faite aux petits, l’indifférence face à la souffrance, les systèmes qui écrasent les pauvres, les vies brisées par la guerre ou la misère, la domination du fort sur le faible, les structures de mort et la peur qui paralyse toute espérance. C’est aussi notre silence, notre résignation, notre inaction devant ces blessures.
C’est de ce péché-là, de cette nuit collective, que Jésus vient nous délivrer. Il l’affronte non par la force militaire, non par la conquête politique, mais par la douceur d’un agneau et par le don total de sa vie. À Bethléem, il commence sa victoire dans la fragilité d’un enfant. Au Jourdain, il commence sa mission sous le regard d’un témoin humble. L’Agneau de Dieu n’écrase pas, il illumine. Il n’humilie pas, il porte. Il n’impose pas, il révèle.
La mission de Jean le Baptiste nous aide à comprendre ce mystère. Jean n’attire pas les foules vers lui ; il les oriente vers Jésus. Il n’est pas la lumière, mais celui qui la laisse passer. Et c’est exactement ce que la liturgie demande aux baptisés que nous sommes : rendre témoignage de la lumière, non seulement par des paroles, mais par toute notre vie. Affirmer que Jésus est l’Agneau de Dieu n’a de sens que si nous devenons nous-mêmes des reflets de sa lumière. Le monde n’a pas besoin de discours de plus : il attend la transparence d’un amour vrai.
Dans la spiritualité de l’Enfant de Bethléem, cette page d’Évangile prend une résonance particulière. La crèche, simple et pauvre, dit déjà que Dieu transforme le monde par le bas, par la fragilité, par la proximité. Jésus ne change pas le monde par la puissance, mais par la compassion. Il fraye son chemin dans les ténèbres non en les dénonçant de loin, mais en les habitant de l’intérieur. Et il nous confie cette manière de faire : être des petites lumières dans nos milieux, dans nos familles, dans nos communautés, là où les épreuves, les peurs et les blessures semblent parfois trop fortes.
Aujourd’hui, la Parole de Dieu nous invite à laisser ce témoignage devenir concret. Chacun de nous est invité à reconnaître en Jésus l’Agneau qui porte notre nuit, mais aussi à devenir, à notre tour, une parcelle de cette lumière. Le témoignage le plus vrai n’est pas celui qui explique : c’est celui qui éclaire. Jérusalem n’a pas reconnu l’Agneau de Dieu ; mais peut-être que nos frères et sœurs pourront le reconnaître à travers la lumière qui émane de nos gestes simples, de notre compassion, de nos fidélités humbles.
Que ce dimanche nous aide à nous tenir, comme Jean, sur les routes du monde, pour désigner Celui qui seul enlève le péché. Que nos vies deviennent ce lieu où, à travers nous, le monde peut entendre encore une fois : « Voici l’Agneau de Dieu. »
Prière du jour
Seigneur Jésus,
Agneau de Dieu venu porter le péché du monde,
viens illuminer nos obscurités.
Ouvre nos yeux sur la pauvreté du monde
et rends nos cœurs capables de compassion.
Comme Jean le Baptiste,
fais de nous des témoins simples et vrais
de ta lumière qui libère.
Dans l’humilité de Bethléem,
apprends-nous à devenir
des petites lumières pour nos frères et sœurs,
afin que le monde reconnaisse que tu es vraiment
l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.
Amen.
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là,
voyant Jésus venir vers lui,
Jean le Baptiste déclara :
« Voici l’Agneau de Dieu,
qui enlève le péché du monde ;
c’est de lui que j’ai dit :
L’homme qui vient derrière moi
est passé devant moi,
car avant moi il était.
Et moi, je ne le connaissais pas ;
mais, si je suis venu baptiser dans l’eau,
c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. »
Alors Jean rendit ce témoignage :
« J’ai vu l’Esprit
descendre du ciel comme une colombe
et il demeura sur lui.
Et moi, je ne le connaissais pas,
mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit :
‘Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer,
celui-là baptise dans l’Esprit Saint.’
Moi, j’ai vu, et je rends témoignage :
c’est lui le Fils de Dieu. »
Références bibliques
- Is 49, 3.5-6
- 1 Co 1, 1-3
- Jn 1, 29-34
Pour méditer
- Quels sont les « péchés du monde » que nous portons dans la prière ?
- Où avons-nous besoin de laisser le Christ enlever ce qui nous ferme à Dieu ?
- Comment être aujourd’hui un témoin humble, à la manière de Jean-Baptiste ?





























Comments are closed.