En ce temps de Carême, la Parole de Dieu nous invite à entrer plus profondément dans le mystère du Christ. Elle nous révèle un juste rejeté, incompris, éprouvé, mais fidèle. À travers ces textes, nous sommes appelés à reconnaître Jésus et à accueillir sa parole, même lorsqu’elle nous dérange.
La liturgie de ce jour nous place devant un mystère déroutant : celui d’un juste persécuté, rejeté précisément à cause de sa vérité.
Dans la première lecture, tirée du livre de la Sagesse, les impies complotent contre le juste. Leur logique est troublante : ils veulent mettre à l’épreuve celui qui vit selon Dieu. « Attirons le juste dans un piège… mettons-le à l’épreuve par la violence et la torture » (Sg 2,12.19). Pourquoi une telle hostilité ? Parce que la vie du juste dérange. Elle révèle, par contraste, les ténèbres du cœur humain. Le juste devient un reproche vivant. Sa fidélité à Dieu met en lumière les incohérences de ceux qui refusent de se convertir.
Et pourtant, au cœur même de cette opposition, une parole surgit, presque prophétique : « S’il est le fils de Dieu, Dieu l’assistera » (Sg 2,18). Sans le savoir, ces hommes annoncent déjà le mystère du Christ. Car dans l’Évangile selon saint Jean, nous retrouvons cette même tension. Jésus monte à Jérusalem, non pas ouvertement, mais discrètement. Et déjà, autour de lui, les murmures grandissent. Certains reconnaissent en lui une autorité, d’autres doutent, et beaucoup refusent de croire. « N’est-ce pas celui qu’on cherche à tuer ? » (Jn 7,25)
Le trouble est réel. Jésus enseigne avec assurance, mais son origine dérange. Les habitants de Jérusalem pensent le connaître : ils savent d’où il vient, ils connaissent sa région, sa Galilée. Et c’est précisément cela qui devient un obstacle à la foi. « Le Christ, quand il viendra, personne ne saura d’où il est » (Jn 7,27) Ils s’enferment dans leurs propres certitudes. Ils croient savoir, et c’est pourquoi ils ne peuvent plus accueillir la nouveauté de Dieu.
Alors Jésus répond avec force : « Je ne suis pas venu de moi-même… c’est lui qui m’a envoyé » (Jn 7,28-29) Il révèle son origine véritable : il vient du Père. Mais cette vérité ne peut être reçue que dans la foi.
Dans l’esprit de la spiritualité de Bethléem, cette scène prend une lumière particulière. Le Christ n’impose pas son identité. Il se révèle dans l’humilité, dans la discrétion, dans une présence qui demande à être accueillie intérieurement. Comme à Bethléem, Dieu se donne sans éclat extérieur. Et c’est précisément ce qui peut nous dérouter.
Nous aussi, nous pouvons parfois réagir comme les contemporains de Jésus. Lorsque sa parole nous bouscule, lorsque son message ne correspond pas à nos attentes, nous pouvons être tentés de nous fermer. De garder ce qui nous arrange et de mettre de côté ce qui nous dérange. Mais la foi véritable ne sélectionne pas. Elle accueille.
Le Carême nous invite justement à purifier notre regard. À apprendre à reconnaître le Christ non selon nos critères humains, mais dans la vérité de sa mission. Le juste est éprouvé, rejeté, contesté. Mais il demeure fidèle. Et cette fidélité devient chemin de vie.
Aujourd’hui encore, le Christ nous rejoint dans nos résistances, dans nos incompréhensions, dans nos fermetures. Et il nous appelle à faire un pas de plus : celui de la confiance. Accueillir Jésus comme l’envoyé du Père, c’est accepter d’entrer dans une foi vivante. Une foi qui nous transforme, qui nous déplace, qui nous ouvre à une vérité plus grande que nous.
Prière du jour
Seigneur Jésus,
toi le juste rejeté et pourtant fidèle,apprends-nous à reconnaître ta présence,
même lorsque nous ne comprenons pas tout.Donne-nous un cœur simple
comme l’Enfant de Bethléem,
un cœur ouvert à ta parole
et prêt à accueillir ta vérité.Aide-nous à ne pas nous fermer
lorsque ton message nous dérange,
mais à grandir dans la foi et la confiance.Que ta douceur et ta patience
transforment notre cœur.Amen.
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là,
Jésus parcourait la Galilée :
il ne voulait pas parcourir la Judée
car les Juifs cherchaient à le tuer.
La fête juive des Tentes était proche.
Lorsque ses frères furent montés à Jérusalem
pour la fête,
il y monta lui aussi,
non pas ostensiblement, mais en secret.
On était déjà au milieu de la semaine de la fête
quand Jésus monta au Temple ; et là il enseignait.
Quelques habitants de Jérusalem disaient alors :
« N’est-ce pas celui qu’on cherche à tuer ?
Le voilà qui parle ouvertement,
et personne ne lui dit rien !
Nos chefs auraient-ils vraiment reconnu
que c’est lui le Christ ?
Mais lui, nous savons d’où il est.
Or, le Christ, quand il viendra,
personne ne saura d’où il est. »
Jésus, qui enseignait dans le Temple, s’écria :
« Vous me connaissez ?
Et vous savez d’où je suis ?
Je ne suis pas venu de moi-même :
mais il est véridique, Celui qui m’a envoyé,
lui que vous ne connaissez pas.
Moi, je le connais
parce que je viens d’auprès de lui,
et c’est lui qui m’a envoyé. »
On cherchait à l’arrêter,
mais personne ne mit la main sur lui
parce que son heure n’était pas encore venue.
Références bibliques
- Sg 2, 1a.12-22
- Jn 7, 1-2.10.14.25-30
Pour méditer
- Acceptons-nous le Christ tel qu’il se révèle, ou seulement tel que nous voudrions qu’il soit ?
- Comment réagissons-nous lorsque sa parole nous dérange ou nous interpelle ?
- Sommes-nous prêts à laisser la vérité du Christ transformer notre cœur ?






























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