À la veille du Triduum pascal, la Parole de Dieu nous conduit au plus profond du cœur humain. La trahison n’est plus seulement annoncée, elle se précise. Et une question monte, simple et bouleversante : « Serait-ce moi, Seigneur ? »
Dans la première lecture, le prophète Isaïe (Is 50, 4-9a) nous présente à nouveau la figure du Serviteur. Il est celui qui écoute : « Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples. » Il est aussi celui qui accepte l’épreuve : « J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient. » Rien n’est caché, rien n’est évité. Et pourtant, au cœur de cette souffrance, il demeure une confiance inébranlable : « Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours… je ne serai pas confondu. » Ce Serviteur ne fuit pas. Il reste fidèle. Il avance, porté par une certitude intérieure : Dieu est avec lui.
Dans l’Évangile selon saint Matthieu (Mt 26, 14-25), la tension monte encore. Judas se rend chez les grands prêtres et propose un marché : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » On lui remet trente pièces d’argent. Ce prix n’est pas anodin. Il correspond, dans la tradition biblique, au prix d’un esclave. Celui qui est le Fils est ainsi vendu comme un serviteur.
Puis vient le moment du repas. Jésus est à table avec les Douze. Et au cœur de cette intimité, il annonce : « L’un de vous va me livrer. » Les disciples sont profondément attristés. Et chacun, à son tour, pose cette question : « Serait-ce moi, Seigneur ? » Cette question est essentielle. Elle ne désigne pas un autre. Elle ouvre un espace de vérité en soi-même. Elle révèle que personne ne peut se croire à l’abri.
Judas, lui aussi, pose la question. Mais il ne la pose pas avec le même cœur. Là où les autres s’ouvrent à la lumière, lui reste dans une forme de fermeture. Et pourtant, jusqu’au bout, Jésus ne cesse de lui parler, de le rejoindre, de lui laisser une place.
Ainsi, en ce Mercredi Saint, la Parole de Dieu nous fait faire un pas de plus. Il ne s’agit plus seulement de contempler la trahison de Judas comme un événement extérieur. Il s’agit de reconnaître que cette possibilité traverse aussi notre propre cœur. Il y a en nous des fidélités fragiles, des hésitations, des compromis, des moments où nous nous éloignons, parfois sans même nous en rendre compte.
Dans l’esprit de Bethléem, cette prise de conscience ne nous enferme pas dans la peur ; elle nous ouvre à l’humilité. Car Bethléem ne désigne pas seulement la douceur de la crèche, mais déjà le choix du Christ de s’anéantir, de se dépouiller, de prendre la dernière place. Le Fils éternel entre dans notre condition non par éclat, mais par abaissement ; non par domination, mais par proximité. À Bethléem commence déjà ce chemin de Ph 2,7 : le Christ se vide de lui-même, se fait pauvre, serviteur, offert. Dès lors, lorsque sa lumière vient toucher nos infidélités, elle ne nous humilie pas au sens du monde ; elle nous conduit à cette vérité où nous cessons de nous défendre pour nous laisser sauver. Dieu ne vient pas pour accuser notre fragilité, mais pour l’habiter de sa présence. Il vient rejoindre ce qui, en nous, est pauvre, divisé, encore obscur, afin d’y faire naître une fidélité nouvelle.
La question « Serait-ce moi ? » devient alors une prière. Une ouverture. Un acte de confiance. Elle nous permet de descendre en nous-mêmes, non pour nous juger durement, mais pour laisser le Christ venir éclairer ce qui est encore fragile, encore obscur, encore divisé. Car la Semaine Sainte n’est pas seulement le récit de ce que d’autres ont fait à Jésus. Elle est le lieu où nous découvrons ce que le Christ vient faire en nous. Il vient nous relever, nous purifier, nous rassembler. Il vient transformer nos fragilités en chemin de vie.
À la veille du Triduum, nous sommes invités à entrer dans cette vérité avec simplicité. À ne pas fuir. À ne pas nous cacher. À rester devant le Christ, avec un cœur pauvre, disponible, prêt à être touché par sa lumière. Et déjà, au milieu de cette nuit qui s’approche, une espérance demeure. Car la trahison n’aura pas le dernier mot. La fidélité du Christ, elle, ira jusqu’au bout.
Prière du jour
Seigneur Jésus,
toi qui connais notre cœur mieux que nous-mêmes,donne-nous le courage de nous tenir dans la vérité.
Quand nous sommes fragiles,
viens nous soutenir.
Quand nous nous éloignons,
viens nous ramener à toi.Donne-nous un cœur simple
comme l’Enfant de Bethléem,
un cœur humble,
capable de reconnaître ses faiblesses sans se fermer.Apprends-nous à rester avec toi,
dans la confiance et dans l’amour,
et à croire que ta fidélité est plus forte que nos infidélités.Amen.
Références bibliques
- Is 50, 4-9a
- Mt 26, 14-25
Pour méditer
- Acceptons-nous de nous laisser interroger intérieurement par cette parole : « Serait-ce moi ? »
- Reconnaissons-nous en nous des zones de fragilité où nous avons besoin de la lumière du Christ ?
- Comment pouvons-nous, aujourd’hui, choisir de rester fidèles dans les petites choses ?






























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