En ce temps de Noël qui se prolonge, la liturgie nous conduit déjà vers l’aube de la vie publique de Jésus. À travers la figure de Jean le Baptiste, elle nous rappelle que le salut ne commence pas seulement à Bethléem, mais qu’il nous atteint personnellement dans un événement décisif : le baptême. Ce sacrement n’est pas un simple rite du passé, mais une transformation radicale de notre existence.
À quelques jours de Noël, l’Église célèbre les saints Basile le Grand et Grégoire de Nazianze, deux grandes figures de la tradition chrétienne. Tous deux furent des pasteurs et des théologiens d’une profonde densité spirituelle, convaincus que la foi chrétienne ne se réduit pas à une adhésion intellectuelle, mais qu’elle engage toute la vie. Pour eux, le baptême est le fondement de l’existence chrétienne : une naissance nouvelle, un passage réel de l’ancienne vie à la vie selon Dieu.
Cette perspective éclaire les lectures de ce jour, qui peuvent nous surprendre. Alors que nous sommes encore baignés de la lumière de Noël, la liturgie nous fait entendre le témoignage de Jean le Baptiste, au seuil de la manifestation du Christ. Comme l’étoile qui conduira les mages à Bethléem, Jean est une lumière discrète : il ne retient pas le regard sur lui-même, mais il désigne une présence plus grande, encore voilée, déjà là.
Dans l’Évangile selon saint Jean (Jn 1,19-28), Jean le Baptiste est soumis à un véritable interrogatoire. Les autorités religieuses lui demandent : « Qui es-tu ? » La question revient avec insistance. Es-tu le Messie ? Es-tu Élie ? Es-tu le Prophète ? Derrière ces questions se cache l’attente eschatologique d’Israël : beaucoup espéraient un signe décisif de la fin des temps. Le prophète Malachie annonçait le retour d’Élie avant le Jour du Seigneur (cf. Ml 3,23), et certains attendaient un nouveau Moïse.
Jean refuse toutes ces identifications. Sa réponse est claire, humble, dépouillée : il n’est pas la lumière, il est la voix. « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : redressez le chemin du Seigneur » (Jn 1,23). Son baptême n’est pas un accomplissement, mais une préparation. Il ouvre un espace intérieur, il réveille l’attente, il prépare les cœurs à accueillir Celui qui vient.
Jean va jusqu’à dire qu’il n’est pas digne de délier la courroie de la sandale de celui qui vient après lui. Par cette image forte, il affirme la distance infinie entre son baptême et celui que le Christ donnera. Le baptême de Jean touche le corps et appelle à la conversion ; le baptême du Christ transforme l’être en profondeur.
C’est ici que la première lecture de la lettre de saint Jean prend tout son relief : « Vous avez reçu de lui une onction qui demeure en vous » (1 Jn 2,27). Le baptême n’est pas seulement un signe extérieur ; il est une onction intérieure. Dieu dépose son Esprit dans le cœur de l’homme. Il vient demeurer en nous. Ce que Jean l’évangéliste proclame au sujet de l’Incarnation — « le Verbe s’est fait chair » — trouve ici son prolongement : le Verbe fait chair vient habiter la chair de notre existence.
Dans la spiritualité de l’Enfant de Bethléem, cette vérité est essentielle. Dieu ne transforme pas le monde par la force, mais par une naissance. De même, il ne transforme pas l’homme par la contrainte, mais par un don intérieur. Le baptême est cette naissance cachée, humble, silencieuse, mais radicale. Comme l’Enfant de la crèche, la grâce baptismale ne s’impose pas : elle grandit si elle est accueillie.
Être baptisé, c’est porter en soi une présence. Une présence qui éclaire, qui oriente, qui purifie. Une présence qui nous appelle à vivre autrement, non par performance morale, mais par fidélité à ce qui nous habite déjà. Le baptême nous a faits enfants de Dieu ; il a inscrit en nous une vérité plus profonde que nos fragilités et nos contradictions.
En ce début d’année, la liturgie nous invite ainsi à revenir à la source. À nous souvenir non seulement de la date de notre baptême, mais de ce qu’il signifie : Dieu a choisi de demeurer en nous. Prenons le temps de retrouver cette présence intérieure, discrète mais vivifiante. Laissons-la éclairer nos choix, nos relations, notre mission. Car ce que Dieu a commencé en nous par le baptême, il désire encore le faire grandir — doucement, patiemment, fidèlement.
Prière du jour
Dieu notre Père,
nous te rendons grâce pour le don de notre baptême.
Tu as fait de nous tes enfants
et tu as déposé ton Esprit au cœur de nos vies.
Aide-nous à vivre fidèles à cette grâce reçue,
à accueillir ta présence dans le silence et la confiance.
Que, transformés de l’intérieur,
nous devenions des témoins humbles et joyeux
de ta lumière dans le monde.
Amen.
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Voici le témoignage de Jean le Baptiste,
quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem
des prêtres et des lévites
pour lui demander :
« Qui es-tu ? »
Il ne refusa pas de répondre, il déclara ouvertement :
« Je ne suis pas le Christ. »
Ils lui demandèrent :
« Alors qu’en est-il ?
Es-tu le prophète Élie ? »
Il répondit :
« Je ne le suis pas.
– Es-tu le Prophète annoncé ? »
Il répondit :
« Non. »
Alors ils lui dirent :
« Qui es-tu ?
Il faut que nous donnions une réponse
à ceux qui nous ont envoyés.
Que dis-tu sur toi-même ? »
Il répondit :
« Je suis la voix de celui qui crie dans le désert :
Redressez le chemin du Seigneur,
comme a dit le prophète Isaïe. »
Or, ils avaient été envoyés de la part des pharisiens.
Ils lui posèrent encore cette question :
« Pourquoi donc baptises-tu,
si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète ? »
Jean leur répondit :
« Moi, je baptise dans l’eau.
Mais au milieu de vous
se tient celui que vous ne connaissez pas ;
c’est lui qui vient derrière moi,
et je ne suis pas digne
de délier la courroie de sa sandale. »
Cela s’est passé à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain,
à l’endroit où Jean baptisait.
Références bibliques
- 1 Jn 2, 22-28
- Jn 1, 19-28
Pour méditer
- Nous souvenons-nous que le baptême nous a fait réellement demeures de l’Esprit de Dieu ?
- Laissons-nous cette présence intérieure transformer nos manières de vivre et de choisir ?
- Acceptons-nous de grandir dans la foi comme l’Enfant de Bethléem : dans le silence, la patience et la fidélité ?




























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