La Parole de Dieu de ce jour nous conduit au cœur d’une rencontre bouleversante : celle d’un homme perdu aux yeux du monde et d’un Dieu qui refuse de le laisser mourir. À travers la figure du lépreux, l’Écriture nous révèle un amour qui ne reste pas à distance, mais qui s’approche pour redonner vie. C’est l’un des traits les plus simples et les plus lumineux de l’Évangile : là où l’homme se retire, Dieu avance.
La première lecture nous rappelle cette vérité avec une force étonnante : « Celui qui a le Fils possède la vie » (1 Jn 5,12). Jean ne parle pas d’une vie confortable ou protégée, mais de cette vie profonde que rien n’étouffe, parce qu’elle vient directement de Dieu. Ce mot “vie” prend un visage dans l’Évangile du jour : celui du lépreux qui porte dans son corps et dans son histoire tout ce que la société ne veut pas voir. À l’époque de Jésus, la lèpre condamnait un homme à la solitude, à la honte, à une sorte de mort avant la mort. On l’obligeait à se tenir loin des autres, à crier “Impur !”, à cacher son visage. Sa maladie était vue comme une faute, et il portait seul un poids impossible.
Mais ce jour-là, quelque chose en lui se lève. Peut-être parce qu’il n’a plus rien à perdre, peut-être parce que la rumeur de Jésus lui a rendu un peu d’espérance, il ose traverser l’interdit et s’approcher. Son cri est simple et nu : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. » Cet homme ne demande pas seulement la guérison de sa peau, il demande la vie. Il demande une place. Il demande d’exister à nouveau aux yeux des autres et aux yeux de Dieu.
Et Jésus répond comme personne ne répond jamais. Il ne recule pas. Il ne juge pas. Il ne protège pas sa propre pureté. Il étend la main et le touche. Un simple contact, mais un geste qui renverse un monde. Là où tout le monde dit : « Ne t’approche pas », Jésus dit : « Je le veux, sois purifié. » Et à cet instant, la vie revient. La dignité revient. La relation revient. Ce qui était mort devient vivant. La promesse de saint Jean prend corps : posséder le Fils, c’est recevoir la vie.
Dans la spiritualité de l’Enfant de Bethléem, ce passage devient encore plus clair. À Bethléem aussi, Dieu est venu dans ce qui est fragile. Il a choisi un lieu pauvre, une famille simple, une nuit silencieuse. Il aurait pu naître ailleurs, plus haut, plus fort, plus visible. Il a choisi d’entrer dans la vulnérabilité humaine, comme pour dire que rien, absolument rien, n’est trop pauvre ou trop abîmé pour qu’il puisse y demeurer. Le geste de Jésus touchant le lépreux est comme une seconde crèche : Dieu se penche, Dieu s’approche, Dieu touche ce que personne ne veut toucher.
Et nous savons bien que la lèpre n’a pas disparu. Elle a pris d’autres formes : la solitude, l’isolement, l’exclusion, les blessures intérieures que personne ne voit, les fatigues morales, les échecs répétés, les peurs qui ferment le cœur. Chacun de nous porte quelque chose qu’il cache, un endroit qu’il tient à distance, une zone qu’il n’ose pas offrir. L’Évangile de ce jour nous dit simplement : c’est précisément là que Dieu veut venir. « Si tu le veux… » dit l’homme. « Je le veux » répond Jésus. Et entre ces deux paroles, la vie passe.
Il y a aussi, autour de nous, tant de personnes qui vivent comme des lépreux modernes : ceux qu’on ne regarde pas, ceux qu’on évite, ceux qui ne trouvent plus leur place. Si nous prenons l’Évangile au sérieux, nous ne pouvons pas nous tenir à distance. Le Christ ne nous demande pas de tout résoudre : il nous demande de nous approcher. Une écoute, une présence, une main tendue, un respect retrouvé peuvent être, pour quelqu’un, le début d’une guérison. La mission chrétienne commence souvent ainsi : dans un geste discret qui redonne sa place à une personne oubliée.
Que cette Parole fasse naître en nous l’audace du lépreux et la douceur du Christ. Qu’elle ouvre en nous un espace où Dieu peut dire : « Je le veux. » Et qu’elle nous apprenne, dans l’esprit simple et bienveillant de Bethléem, à devenir nous-mêmes des artisans de vie.
Prière du jour
Seigneur Jésus,
toi qui t’approches de ce que nous cachons,
viens toucher nos zones blessées
et redonner vie à ce qui s’était refermé.
Fais grandir en nous la douceur de Bethléem,
le courage de la rencontre,
et le regard qui relève.
Que ton amour nous rende capables
de donner à d’autres la place
que tu nous offres aujourd’hui.
Amen.
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Jésus était dans une ville
quand survint un homme couvert de lèpre ;
voyant Jésus, il tomba face contre terre
et le supplia :
« Seigneur, si tu le veux,
tu peux me purifier. »
Jésus étendit la main et le toucha en disant :
« Je le veux, sois purifié. »
À l’instant même, la lèpre le quitta.
Alors Jésus lui ordonna de ne le dire à personne :
« Va plutôt te montrer au prêtre
et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit ;
ce sera pour tous un témoignage. »
De plus en plus, on parlait de Jésus.
De grandes foules accouraient pour l’entendre
et se faire guérir de leurs maladies.
Mais lui se retirait dans les endroits déserts,
et il priait.
Références bibliques
- 1 Jn 5, 5-13
- Lc 5, 12-16
Pour méditer
- Nous laissons-nous toucher par Jésus là où nous nous sentons fragiles ?
- Qui sont les “lépreux” que nous croisons sans les voir ?
- Comment pouvons-nous redonner une place à quelqu’un cette semaine ?





























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