Il existe, dans nos vies, des dons que nous considérons parfois comme modestes, fragiles ou insignifiants. Pourtant, la Parole de Dieu nous révèle aujourd’hui qu’aucun don ne naît pour lui-même : tout don vient de Dieu, et tout don est donné pour les autres. L’Écriture nous conduit dans cette dynamique profonde où l’élection n’est jamais un privilège, mais une mission portée dans l’humilité.
David en est l’image vivante. Dans le livre de Samuel, il se retrouve face à Saül, celui qui cherche pourtant à le faire mourir. La logique humaine lui donnerait mille raisons de se venger. Mais David s’arrête, comme retenu intérieurement par un respect qui dépasse les blessures reçues. Il voit en Saül un homme consacré par Dieu. Peu importe les fautes, les aveuglements, les violences : Saül demeure choisi. David comprend que l’élection divine ne s’annule pas selon nos humeurs ; elle engage Dieu bien avant d’engager nos mérites. Et, au lieu de prendre ce qu’il pourrait s’approprier, il remet tout entre les mains de Dieu. C’est là que commence la vraie grandeur : reconnaître que personne ne se fait élu par lui-même, et que personne ne porte son appel sans responsabilité.
Dans l’Évangile, Jésus révèle cette même logique, mais en la portant à sa plénitude. Il monte sur la montagne et appelle ceux qu’il veut. Ce n’est pas parce qu’ils sont meilleurs que les autres ; c’est parce que son amour choisit librement. Il les appelle d’abord pour être avec lui, pour vivre en sa présence avant même d’agir. La mission naît toujours de cette intimité. Puis il les envoie proclamer la Bonne Nouvelle et libérer ceux qui sont captifs. Les Douze sont établis non pour briller, mais pour servir. Leur élection n’est pas une mise à part, mais un exposé : Dieu veut passer par eux pour rejoindre quelqu’un d’autre.
C’est là que la spiritualité de Bethléem éclaire tout. À Bethléem, Dieu choisit la petitesse pour toucher le monde. Il ne manifeste pas son élection dans la puissance, mais dans la fragilité d’un Enfant. Aucune barrière, aucun mérite, aucune grandeur n’explique ce choix. Dieu se donne simplement. Et il se donne pour les autres. La crèche est déjà la première mission du Christ : être lumière dans la nuit, non pour lui-même, mais pour ceux qui cherchent une issue.
De la même manière, les dons que nous portons — une écoute attentive, une parole juste, un regard compatissant, un talent discret, un cœur qui s’ouvre — ne nous sont jamais confiés pour nous mettre en avant. Ils sont des chemins par lesquels Dieu veut faire passer sa tendresse vers quelqu’un d’autre. Et lorsque nous les gardons pour nous-mêmes, ils se dessèchent ; mais lorsque nous les offrons, ils se multiplient. Tout don, pour rester vivant, doit devenir service.
Aujourd’hui, la Parole nous invite à faire un pas de vérité : reconnaître en nous cette élection que Dieu a déjà posée, et accepter qu’elle prenne corps dans la mission quotidienne. Non pas forcément une grande mission visible, mais ces fidélités cachées où Dieu se laisse approcher : un geste, une présence, un sourire, une attention, une prière pour quelqu’un qui souffre.
C’est ainsi que la lumière de Bethléem continue de se répandre : non par des exploits, mais par des cœurs qui se laissent choisir et envoyer. David, les Douze, et nous aujourd’hui : tous portons en nous un don que Dieu souhaite offrir au monde.
Puissions-nous avoir la simplicité de le laisser faire.
Prière du jour
Seigneur Jésus,
toi qui appelles chacun par son nom
et fais de nos pauvretés des chemins de grâce,
ouvre nos cœurs à la mission que tu nous confies.
Dans l’humilité de Bethléem,
apprends-nous à offrir les dons que tu as déposés en nous,
non pour nous-mêmes, mais pour nos frères et sœurs.
Fais de nos vies un lieu où ton amour circule librement.
Amen.
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là,
Jésus gravit la montagne,
et il appela ceux qu’il voulait.
Ils vinrent auprès de lui,
et il en institua douze
pour qu’ils soient avec lui
et pour les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle
avec le pouvoir d’expulser les démons.
Donc, il établit les Douze :
Pierre – c’est le nom qu’il donna à Simon –,
Jacques, fils de Zébédée, et Jean, le frère de Jacques
– il leur donna le nom de « Boanerguès »,
c’est-à-dire : « Fils du tonnerre » –,
André, Philippe, Barthélemy, Matthieu,
Thomas, Jacques, fils d’Alphée,
Thaddée, Simon le Zélote,
et Judas Iscariote, celui-là même qui le livra.
Références bibliques
- 1 S 24, 3-21
- Mc 3, 13-19
Pour méditer
- Quels dons personnels le Seigneur a-t-il déposés en nous pour les autres ?
- Avons-nous peur de les exercer, ou les gardons-nous pour nous-mêmes ?
- Comment pouvons-nous devenir, là où nous sommes, un don vivant pour notre communauté ?






























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