Étoile de Bethléem SMB
Société missionnaire de Bethléem
CHAQUE JOUR LA PAROLE DE DIEU
Jan 17
Dieu d’infinie miséricorde — Quand le regard du Christ traverse nos frontières intérieures

Dieu d’infinie miséricorde — Quand le regard du Christ traverse nos frontières intérieures

Il existe des appels capables de bouleverser une vie en un instant. Et il existe des gestes de miséricorde qui renversent les frontières que les hommes dressent depuis des siècles. La vocation de Lévi nous révèle un Dieu qui ne se contente pas de pardonner : il s’assoit à notre table, dans nos zones d’ombre, et y fait naître un avenir nouveau. Le Christ nous rejoint là même où nous nous croyions perdus et où la société nous avait peut-être déjà condamnés.

Dans la première lecture, le livre de Samuel décrit un moment décisif : l’onction de Saül comme premier roi d’Israël. Samuel ne comprend pas toujours la manière dont Dieu conduit les événements, mais il demeure disponible. Ce récit nous rappelle que Dieu regarde au-delà des apparences et qu’il choisit parfois là où nous n’aurions jamais regardé. Il déjoue nos critères humains et vient relever des vies que nous considérions insignifiantes. Déjà, l’Écriture nous prépare à accueillir un Dieu qui franchit les limites que nous croyons infranchissables.

C’est précisément ce que l’Évangile manifeste avec encore plus de force. Jésus marche au bord de la mer, la foule vient à lui, il enseigne. Rien ne semble extraordinaire, jusqu’à ce geste qui bouleverse les attentes : Jésus aperçoit Lévi, assis à son bureau de publicain, et lui dit simplement : « Suis-moi. » Lévi est un collecteur d’impôts, un homme déclaré impur, socialement méprisé, religieusement infréquentable. Il cumule les raisons d’être exclu. Et pourtant, c’est lui que Jésus appelle. Sans préalable, sans justification, sans conditions.

Plus encore : Jésus entre chez lui, s’assoit à sa table, fréquente ses amis, eux aussi considérés comme pécheurs. Dans la culture juive, partager un repas signifie entrer en communion. Jésus franchit donc la frontière que tous jugent infranchissable. Il met fin, par sa seule présence, au système d’exclusion religieuse qui entourait les publicains. Et c’est alors que résonne l’une des paroles les plus consolantes de tout l’Évangile : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »

À travers ce geste, Jésus révèle le cœur même de Dieu. Un Dieu qui n’attend pas que nous soyons dignes de lui. Un Dieu qui n’est pas effrayé par nos échecs, nos contradictions ou nos blessures. Un Dieu qui s’assoit d’abord dans nos zones d’ombre et qui, par sa présence, ouvre un chemin de lumière. La miséricorde n’est pas un concept : c’est un visage qui se penche sur nous. C’est une main qui nous relève. C’est un regard qui nous voit autrement.

Bethléem nous apprend que Dieu choisit toujours la petitesse, la fragilité, les lieux que l’on n’estime pas. La crèche est déjà le premier signe d’une miséricorde qui ne craint pas nos pauvretés. Dans la maison de Lévi, Jésus accomplit exactement le même mouvement : il vient là où rien ne semblait spirituellement prometteur. Il choisit la table d’un pécheur pour faire naître une histoire nouvelle.

Lévi ne devient pas disciple après avoir changé de vie ; il change de vie parce qu’il a été regardé par Jésus. Ce renversement est au cœur de l’Évangile. Ce n’est pas notre perfection qui attire Dieu, mais notre besoin de lui. Sa miséricorde précède toujours notre conversion. Et c’est ce regard qui nous relève encore aujourd’hui.

La Parole de Dieu nous invite alors à un examen simple et essentiel : qu’est-ce qui, en nous, demeure encore un territoire interdit, un lieu que nous n’osons pas laisser Jésus visiter ? Quels « Lévi » de notre entourage avons-nous du mal à accueillir, par peur, par jugement ou par habitude ? Jésus n’hésite pas à franchir ces lignes. Serons-nous capables de le laisser faire ?

À travers Lévi, Dieu nous montre que toute vie peut être transformée. La miséricorde n’est pas d’abord un pardon accordé : c’est une présence qui recréer. C’est un avenir qui s’ouvre. C’est un appel qui met en route.

Alors, aujourd’hui, laissons Jésus nous dire à nous aussi : « Suis-moi. » Laissons-Le entrer dans nos fragilités. Laissons-Le franchir nos frontières intérieures. Laissons-Le nous appeler au cœur même de ce qui nous semblait perdu. Car sa miséricorde n’a pas de frontières. Et son regard ouvre les chemins que nous n’aurions jamais imaginés.

Prière du jour

Seigneur Jésus,
toi qui passes sur nos chemins ordinaires
et poses sur nous un regard qui relève,
viens visiter nos lieux fragiles.
Entre dans nos zones d’ombre,
viens t’asseoir à notre table.
Ouvre nos cœurs à ta miséricorde
et fais de nous des témoins de ta compassion,
dans l’humilité de Bethléem.
Amen.


Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là,
    Jésus sortit de nouveau le long de la mer ;
toute la foule venait à lui,
et il les enseignait.
    En passant, il aperçut Lévi, fils d’Alphée,
assis au bureau des impôts.
Il lui dit :
« Suis-moi. »
L’homme se leva et le suivit.
    Comme Jésus était à table dans la maison de Lévi,
beaucoup de publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts)
et beaucoup de pécheurs
vinrent prendre place avec Jésus et ses disciples,
car ils étaient nombreux à le suivre.
    Les scribes du groupe des pharisiens,
voyant qu’il mangeait avec les pécheurs et les publicains,
disaient à ses disciples :
« Comment ! Il mange avec les publicains et les pécheurs ! »
    Jésus, qui avait entendu, leur déclara :
« Ce ne sont pas les gens bien portants
qui ont besoin du médecin,
mais les malades.
Je ne suis pas venu appeler des justes,
mais des pécheurs. »

Références bibliques

  • 1 S 9, 1-4.10c.17-19 ; 10, 1
  • Mc 2, 13-17