Il existe des tempêtes visibles — celles qui agitent la mer — et des tempêtes intérieures — celles qui bouleversent le cœur. La Parole de Dieu de ce jour nous montre que ni l’une ni l’autre ne sont hors de portée du Christ. Là où tout semble vaciller, Dieu ouvre un chemin de vérité, de conversion et de confiance.
Dans la lecture de l’Ancien Testament, il s’agit aujourd’hui d’un moment décisif dans l’histoire du roi David (2 S 12,1-7a.10-17). Après sa faute grave — l’adultère avec Bethsabée et la mort provoquée d’Ourias — David s’est installé dans une forme d’aveuglement intérieur. Il continue de régner, mais son cœur s’est troublé. Alors Dieu envoie le prophète Nathan. Celui-ci ne l’accuse pas directement : il raconte une parabole, l’histoire d’un riche injuste qui prend la seule brebis d’un pauvre. David s’indigne — avant d’entendre cette parole qui traverse toute défense : « Cet homme, c’est toi. »
La tempête ici n’est pas extérieure : elle est morale et spirituelle. Elle montre comment la passion, le pouvoir et le désir peuvent obscurcir la conscience. Mais plus forte que la faute est la réaction de David : il reconnaît son péché, il ne se justifie pas, il se tourne vers Dieu. La tempête devient alors lieu de vérité. Et la vérité ouvre la porte à la miséricorde.
Dans l’Évangile, la scène est cette fois une tempête bien réelle (Mc 4,35-41). Le soir venu, Jésus dit à ses disciples : « Passons sur l’autre rive. » Ils montent dans la barque. La traversée commence — et soudain, la violence du vent, les vagues qui envahissent l’embarcation, la peur qui saisit le groupe. Pendant ce temps, Jésus dort. Ce détail est saisissant : le Fils de Dieu dort au cœur du chaos.
Les disciples le réveillent avec un reproche : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Leur cri révèle moins le danger que leur cœur : ils connaissent Jésus, ils ont vu ses signes — mais la peur parle plus fort que la mémoire de la grâce. Alors Jésus se lève, menace le vent et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » Et le calme revient. Puis vient la question, plus profonde que le miracle : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? »
Le morceau du Nouveau Testament révèle donc un sujet central : la foi éprouvée dans la tempête. Non pas la foi tranquille des jours lumineux, mais la foi fragile des heures d’angoisse. Les disciples découvrent que la présence de Jésus dans la barque ne supprime pas la tempête — mais qu’elle change radicalement son issue.
Dans l’esprit de la spiritualité de l’Enfant de Bethléem, cette page prend une lumière très douce. À Bethléem déjà, Dieu entre dans une nuit agitée : précarité, rejet, incertitude. Pourtant, la paix naît dans une étable. Non parce que les circonstances sont calmes — mais parce que Dieu est présent. La vraie paix n’est pas l’absence de tempête : c’est la présence du Christ au milieu.
Nos tempêtes ressemblent à celles de David et des disciples : tempêtes de faute, de confusion, de peur, de division, de découragement. Elles révèlent notre pauvreté réelle. Mais elles peuvent devenir des lieux de grâce si elles nous ramènent à notre vraie place : celle de pauvres qui crient vers Dieu.
Le Christ ne reproche pas le cri — il reproche l’absence de confiance. Il ne condamne pas la peur — il invite à une foi plus profonde. Il ne quitte pas la barque — il s’y révèle Seigneur.
Aujourd’hui, la Parole nous appelle à un pas simple : ne pas cacher nos tempêtes à Dieu. Les lui présenter. Les nommer. Le réveiller par notre prière. Et accepter qu’il n’agisse pas toujours quand nous le voulons — mais toujours pour nous sauver. Laissons-le dire aussi sur nos vents intérieurs : « Silence. » Et apprenons à reconnaître sa présence, même lorsqu’il semble dormir.
Prière du jour
Seigneur Jésus,
toi qui demeures dans la barque de nos vies,
même lorsque la mer s’agite,
viens apaiser nos tempêtes intérieures.Dans l’humilité de Bethléem,
apprends-nous la confiance simple,
le cri vrai,
l’abandon paisible.Quand la peur monte,
réveille en nous la foi.
Quand le cœur se trouble,
dépose ta paix.Et que ta présence
soit plus forte que tous nos vents.
Amen.
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
Ce jour-là, le soir venu, Jésus dit à ses disciples :
« Passons sur l’autre rive. »
Quittant la foule, ils emmenèrent Jésus, comme il était,
dans la barque,
et d’autres barques l’accompagnaient.
Survient une violente tempête.
Les vagues se jetaient sur la barque,
si bien que déjà elle se remplissait.
Lui dormait sur le coussin à l’arrière.
Les disciples le réveillent et lui disent :
« Maître, nous sommes perdus ;
cela ne te fait rien ? »
Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer :
« Silence, tais-toi ! »
Le vent tomba,
et il se fit un grand calme.
Jésus leur dit :
« Pourquoi êtes-vous si craintifs ?
N’avez-vous pas encore la foi ? »
Saisis d’une grande crainte,
ils se disaient entre eux :
« Qui est-il donc, celui-ci,
pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »
Références bibliques
- 2 S 12, 1-7a.10-17
- Mc 35-41
Pour méditer
- Reconnaissons-nous nos tempêtes intérieures comme des lieux possibles de rencontre avec Dieu ?
- Acceptons-nous que la vérité sur nos fautes ouvre un chemin de miséricorde ?
- Laissons-nous le Christ parler au cœur de nos peurs, ou cherchons-nous d’abord nos propres solutions ?






























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