En ce temps de Carême, la Parole de Dieu nous invite à revenir à l’essentiel : la vérité du cœur. Dieu ne se laisse pas séduire par les apparences ni par les gestes religieux accomplis pour être vus. Il cherche un cœur humble, capable de reconnaître sa pauvreté et de s’ouvrir à sa miséricorde.
Un dicton raconte qu’il est facile de juger de l’amour d’un couple en regardant les voitures sur la route : lorsque les deux personnes sont serrées l’une contre l’autre sur la banquette, l’amour est encore jeune ; lorsqu’elles sont chacune près de leur fenêtre, c’est que le temps a fait son œuvre.
Cette image, amusante en apparence, dit pourtant quelque chose de vrai sur la fragilité de nos amours. L’amour humain, qu’il soit pour Dieu ou pour les autres, peut parfois s’affaiblir. Il peut devenir superficiel, routine, ou même simple apparence. C’est précisément ce que dénonce le prophète Osée lorsqu’il transmet la parole de Dieu : « Votre amour est comme la brume du matin, comme la rosée qui s’en va dès l’aurore » (Os 6,4).
Dieu constate avec tristesse que l’amour de son peuple est souvent passager. Pourtant, ce qu’il désire, ce n’est pas un attachement momentané, mais une relation vraie et durable. C’est pourquoi il déclare avec force : « C’est l’amour que je veux, et non les sacrifices, la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes » (Os 6,6). Ce verset éclaire profondément la parole de Jésus dans l’Évangile.
Dans l’Évangile selon saint Luc, Jésus raconte une parabole adressée à ceux qui se croient justes et qui méprisent les autres. Deux hommes montent au Temple pour prier : un pharisien et un publicain. Le pharisien est un homme religieux, fidèle à la Loi. Dans sa prière, il remercie Dieu pour ses bonnes actions : il jeûne, il donne la dîme, et surtout il se réjouit de ne pas être comme les autres hommes. Mais sa prière révèle un cœur fermé. Au lieu de se tourner vers Dieu, il se contemple lui-même.
Le publicain, lui, reste à distance. Il n’ose même pas lever les yeux vers le ciel. Conscient de son péché, il se frappe la poitrine et murmure une prière simple : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis » (Lc 18,13). Et Jésus conclut par une parole étonnante : c’est ce publicain qui repart justifié devant Dieu. Puis il ajoute : « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé » (Lc 18,14).
La différence entre ces deux hommes ne réside pas dans leurs actions extérieures, mais dans l’attitude de leur cœur. L’un s’appuie sur lui-même ; l’autre s’abandonne à la miséricorde de Dieu. Dans l’esprit de la spiritualité de Bethléem, cette parole prend une profondeur particulière. Le Fils de Dieu n’a pas choisi la grandeur apparente ni les honneurs du monde. Il est venu dans l’humilité d’une crèche, dans la simplicité de l’Enfant de Bethléem.
Cette naissance nous révèle que Dieu regarde le cœur bien plus que les apparences. Ainsi, Jésus nous invite à délaisser le paraître pour entrer dans l’être. À être vrais devant Dieu, dans notre prière comme dans notre amour pour les autres. La prière authentique n’est pas celle qui cherche à impressionner, mais celle qui reconnaît humblement sa pauvreté et qui s’ouvre à la grâce.
Bien sûr, nous ne savons pas toujours prier, aimer et agir en vérité. Mais reconnaître humblement nos limites vaut bien mieux que de cultiver une image fausse de nous-mêmes. Le Carême devient alors un temps précieux pour purifier notre cœur. Un temps pour laisser tomber les masques, pour revenir simplement devant Dieu, et pour lui dire avec confiance : « Seigneur, prends pitié du pécheur que je suis. »
Prière du jour
Seigneur Jésus,
toi qui regardes le cœur de l’homme
et non les apparences,donne-nous un cœur humble
comme l’Enfant de Bethléem.Apprends-nous à prier dans la vérité,
à reconnaître notre pauvreté
et à accueillir ta miséricorde.Que ton amour transforme notre cœur
et nous rende capables d’aimer
en vérité.Amen.
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là,
à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes
et qui méprisaient les autres,
Jésus dit la parabole que voici :
« Deux hommes montèrent au Temple pour prier.
L’un était pharisien,
et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts).
Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même :
“Mon Dieu, je te rends grâce
parce que je ne suis pas comme les autres hommes
– ils sont voleurs, injustes, adultères –,
ou encore comme ce publicain.
Je jeûne deux fois par semaine
et je verse le dixième de tout ce que je gagne.”
Le publicain, lui, se tenait à distance
et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ;
mais il se frappait la poitrine, en disant :
“Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !”
Je vous le déclare :
quand ce dernier redescendit dans sa maison,
c’est lui qui était devenu un homme juste,
plutôt que l’autre.
Qui s’élève sera abaissé ;
qui s’abaisse sera élevé. »
Références bibliques
- Os 6, 1-6
- Lc 18, 9-14
Pour méditer
- Cherchons-nous parfois à paraître justes aux yeux des autres plutôt qu’à être vrais devant Dieu ?
- Acceptons-nous de reconnaître humblement notre pauvreté devant le Seigneur ?
- Laissons-nous la miséricorde de Dieu transformer notre cœur et notre manière d’aimer ?






























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