CHAQUE JOUR LA PAROLE DE DIEU
Nov 26

Le Christ, notre roi-berger !

Lectures du dimanche 26 novembre 2023

« Comme un berger veille sur les brebis de son troupeau
quand elles sont dispersées,
ainsi je veillerai sur mes brebis,
et j’irai les délivrer dans tous les endroits où elles ont été dispersées
un jour de nuages et de sombres nuées.
C’est moi qui ferai paître mon troupeau,
et c’est moi qui le ferai reposer » (Ez 34, 11-12.15-17)

Nous célébrons aujourd’hui la solennité du Christ Roi de l’univers. Voilà un titre bien solennel qui pourrait nous faire craindre une certaine mégalomanie de la part du pape Pie XI qui introduisit cette fête en 1925. Le Christ doit-il vraiment être un roi, à l’image de tant de monarques ou de tyrans imbus d’eux-mêmes et de leur pouvoir ?

En nous arrêtant sur les textes bibliques proposés pour cette fête, nous nous apercevons rapidement que l’Église ne conçoit pas la royauté du Christ sur les modèles des royaumes et des principautés que nous connaissons. Nulle mention de sceptre, de couronne, de palais ou d’armée. Le Christ n’est pas un roi vivant, entouré de mille serviteurs, dans son palais, indifférent au sort de ses administrés.

Non, le Christ s’il est bel et bien un roi, est un roi-berger. Voilà en effet, le portrait du roi qui ressort des textes bibliques de cette fête.

Deux œuvres d’art, que l’on peut admirer lors d’un pèlerinage à Rome, peuvent nous aider à cerner ce Christ Roi-berger.

La première image illustre la première lecture. En visitant les catacombes de Sainte Domitille à Rome, nous pouvons admirer une statue en marbre blanc, représentant un bon berger portant une brebis sur ses épaules. Cette image de la vie bucolique est, dans la première lecture, appliquée à Dieu. Ézéchiel, décrit ainsi l’action du Seigneur-Berger :

« La brebis perdue, je la chercherai, l’égarée,… je la ramènerai… celle qui est blessée,… je la soignerai. Celle qui est faible,… je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la ferai paître avec justice. »

Comme ce berger des catacombes, plein d’attention et de bonté, qui porte sa petite brebis blessée ou perdue, ainsi, le Seigneur prend soin de tous. Personne n’est indifférent à notre Roi-Berger et il veille sur chacun donnant à chacun ce dont il a le plus besoin. Cette compassion pour tous, avec quelle force le Christ l’exprime, lorsque dans l’évangile, il s’identifie lui-même aux plus démunis :

« Amen, je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

Toutefois, le Christ dans son incarnation, a non seulement totalement réalisé cette prophétie d’Ézéchiel, mais il l’a encore dépassée. Non seulement, il est notre Roi-berger qui prend soin de ses brebis, mais il va jusqu’à donner sa vie, en mourant sur le bois de la croix, par amour pour ses brebis.

La deuxième œuvre d’art illustre, quant à elle, l’évangile de ce dimanche. Il s’agit du jugement dernier peint par Michel-Ange à la chapelle Sixtine. Un chef-d’œuvre qui nous laisse sans voix, par sa majesté, par la force qui s’en dégage et la précision du détail. Au centre, se tient le Christ, majestueux, victorieux, qui d’un air décidé, prononce la sentence finale sur chaque personne.

Cette image nous révèle deux aspects de la Royauté du Christ.

Tout d’abord, Le Christ, Roi et Berger est un chef victorieux. S’il a offert sa vie pour ses brebis, il a toutefois vaincu la mort ! Dans la deuxième lecture, Saint Paul révèle aux Corinthiens qu’à la fin des temps, le Christ détruira toutes les puissances du mal et que le dernier ennemi qu’il détruira, c’est la mort.

Enfin, Le Christ notre Roi, d’amour et de bonté est aussi par excellence un roi de Justice. Et, c’est pour cela que l’évangile nous le présente comme le juge par excellence.

« Toutes les Nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis d’avec les chèvres : il placera les brebis à sa droite et les chèvres à sa gauche. »

Cette idée de jugement dernier, peut nous faire froid dans le dos. En contemplant la peinture de Michel-Ange, nous constatons, en effet, que même les saints, se voilent le visage, éblouis ou terrifiés, que même la Marie, la mère de Dieu, semble chancelante !

Alors, ce jugement sera-t-il si terrible que Michel-Ange semble le prétendre ? Devons-nous craindre ce jour du jugement ?

La peinture de Michel-Ange, aussi belle soit-elle, nous présente une idée du jugement, trop marquée par son époque et qui, en fait, s’éloigne de l’évangile. Cette époque, c’est celle de la réforme, marquée par la prédestination, marquée par le salut par la seule foi. En gros, personne n’est sûr de son salut, il faut donc craindre ce jugement dernier !

Si l’évangile confirme que jugement il y aura, et bien, ce jugement se fera sur l’unique critère de la charité concrète entre les malheureux, avec lesquels, le Christ s’identifie : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ses petits, c’est à moi que vous l’avez fait ! C’est donc sur l’amour que, ou pour être plus précis, sur la foi, vécue dans l’amour que nous serons jugés. Aussi, rien à craindre de ce jugement. Avec confiance, nous pouvons invoquer la venue du Règne de Dieu.

Souhaiter le Règne du Père, c’est nous préparer d’abord à celui de son Fils, c’est laisser le Christ régner dans nos vies. C’est nous efforcer, à l’imitation du berger qui prend soin de chacune de ses brebis, d’avoir le souci de tous nos frères, ceux qui ont faim, qui ont soif, qui sont étrangers, nus, malades ou en prison.

En pensant à discerner en eux la présence du Christ, à chercher le visage de notre Seigneur sous les traits du prochain quel qu’il soit, notre amour sera probablement balbutiant.

Mais c’est déjà en germe l’amour qui s’épanouira en plénitude au dernier jour quand Dieu sera tout en tous.

Ez 34, 11-12.15-17 / 1 Co 15, 20-26.28 / Mt 25, 31-46