En ce temps de Carême, la Parole de Dieu nous révèle le chemin de la miséricorde. Dieu pardonne au pécheur et lui ouvre une voie nouvelle. Mais ce pardon reçu devient un appel : celui de pardonner à notre tour.
Dans la première lecture, tirée du livre de Daniel (Dn 3,25.34-43), nous entendons la prière d’Azarias au cœur de l’épreuve. Le peuple d’Israël connaît l’humiliation et la détresse. Conscient de ses fautes, Azarias se tourne vers Dieu avec une prière humble et confiante. Il ne réclame pas un salut fondé sur les mérites du peuple, mais sur la miséricorde de Dieu : « Accueille-nous avec un cœur brisé et un esprit humilié » (Dn 3,39).
Cette prière révèle l’attitude véritable devant Dieu. L’homme reconnaît sa faiblesse et implore la compassion divine. Azarias demande certes que le peuple soit rétabli dans l’alliance, mais il demande surtout que le nom du Seigneur soit glorifié à travers l’œuvre de sa miséricorde. Lorsque Dieu agit avec bonté, les nations reconnaissent sa grandeur.
La deuxième lecture de ce jour se trouve dans l’Évangile selon saint Matthieu (Mt 18,21-35). Pierre pose à Jésus une question très concrète : « Combien de fois dois-je pardonner à mon frère ? Jusqu’à sept fois ? » Dans la mentalité humaine, pardonner sept fois est déjà un effort considérable. Mais Jésus dépasse cette logique :
« Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. »
Pour illustrer cette exigence, Jésus raconte la parabole du serviteur impitoyable. Un roi décide de régler ses comptes avec ses serviteurs. L’un d’eux lui doit une somme immense, impossible à rembourser. Devant la supplication du serviteur, le roi est saisi de compassion et lui remet entièrement sa dette. Mais ce même serviteur, à peine libéré, refuse de pardonner à un compagnon qui lui doit une somme bien plus modeste. Il le fait jeter en prison. Lorsque le roi apprend ce qui s’est passé, il se scandalise de cette dureté de cœur : « Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? »
Par cette parabole, Jésus révèle une vérité essentielle : le pardon de Dieu ne peut rester sans effet dans notre cœur. Celui qui reçoit la miséricorde divine est appelé à la transmettre. Ainsi, l’Écriture montre le lien indissociable entre le pardon de Dieu et le pardon fraternel. Nous ne pouvons réellement accueillir la miséricorde divine si nous refusons de pardonner à notre tour.
Et pourtant, chacun de nous connaît combien le pardon peut être difficile. Il y a des blessures profondes : des conflits familiaux, des trahisons, des incompréhensions qui durent des années. Pardonner dépasse souvent nos seules forces humaines. Dans l’Esprit de Bethléem, nous découvrons que Dieu ne nous demande jamais ce qu’il ne nous donne pas d’abord. En nous offrant son Fils, il nous a mis en contact avec une source nouvelle.
Dans sa mort et sa résurrection, Jésus-Christ devient la source d’eau vive d’où jaillit la force de pardonner. La miséricorde que nous recevons de Dieu devient alors la source de la miséricorde que nous pouvons offrir aux autres. Le Carême est un temps privilégié pour revenir à cette source. En nous approchant du Christ, notre cœur peut peu à peu se transformer. Là où la rancune semblait impossible à dépasser, la grâce peut ouvrir un chemin. Ainsi, le Seigneur montre aux pécheurs le chemin : le chemin de la miséricorde reçue et partagée.
Prière du jour
Seigneur Jésus,
toi qui nous révèles la miséricorde du Père,
apprends-nous le chemin du pardon.Donne-nous un cœur humble
comme l’Enfant de Bethléem,
un cœur capable d’accueillir ta miséricorde
et de la transmettre à nos frères.Que ton amour guérisse nos blessures
et fasse de nous des témoins de ta paix.Amen.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander :
« Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi,
combien de fois dois-je lui pardonner ?
Jusqu’à sept fois ? »
Jésus lui répondit :
« Je ne te dis pas jusqu’à sept fois,
mais jusqu’à 70 fois sept fois.
Ainsi, le royaume des Cieux est comparable
à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs.
Il commençait,
quand on lui amena quelqu’un
qui lui devait dix mille talents
(c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent).
Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser,
le maître ordonna de le vendre,
avec sa femme, ses enfants et tous ses biens,
en remboursement de sa dette.
Alors, tombant à ses pieds,
le serviteur demeurait prosterné et disait :
“Prends patience envers moi,
et je te rembourserai tout.”
Saisi de compassion, le maître de ce serviteur
le laissa partir et lui remit sa dette.
Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons
qui lui devait cent pièces d’argent.
Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant :
“Rembourse ta dette !”
Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait :
“Prends patience envers moi,
et je te rembourserai.”
Mais l’autre refusa
et le fit jeter en prison
jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait.
Ses compagnons, voyant cela,
furent profondément attristés
et allèrent raconter à leur maître
tout ce qui s’était passé.
Alors celui-ci le fit appeler et lui dit :
“Serviteur mauvais !
je t’avais remis toute cette dette
parce que tu m’avais supplié.
Ne devais-tu pas, à ton tour,
avoir pitié de ton compagnon,
comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?”
Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux
jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait.
C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera,
si chacun de vous ne pardonne pas à son frère
du fond du cœur. »
Références bibliques
- Dn 3, 25.34-43
- Mt 18, 21-35
Pour méditer
- Reconnaissons-nous combien nous avons nous-mêmes besoin de la miséricorde de Dieu ?
- Acceptons-nous de laisser la grâce transformer nos résistances au pardon ?
- Sommes-nous prêts à offrir aux autres le pardon que nous recevons de Dieu ?






























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