Il y a des foules qui s’enthousiasment, crient, se bousculent, comme devant une star. L’Évangile de ce jour nous montre une popularité impressionnante autour de Jésus. Mais au-delà de cette rumeur, une question demeure : voulons-nous simplement admirer Jésus de loin, ou entrer dans une vraie rencontre avec lui, humble et transformante ?
La rumeur a couru vite. Depuis le début de l’Évangile selon saint Marc, Jésus annonce la Bonne Nouvelle, guérit les malades, libère les possédés. Au départ, tout se passe en Galilée, autour de Capharnaüm. Puis, d’un coup, l’horizon s’élargit : des foules arrivent de Judée, de Jérusalem, d’Idumée, de Transjordanie, et même de la région de Tyr et de Sidon. Marc insiste : une « grande multitude » vient vers lui, parce qu’ils ont entendu parler de ce qu’il faisait.
On le presse, on le pousse, on veut le toucher, au point que Jésus demande une barque pour ne pas être écrasé par la foule. On dirait aujourd’hui un concert, une salle comble, une vedette assaillie par les fans. Mais Jésus n’est pas une idole. Il ne cherche ni l’effet, ni la mise en scène, ni la gloire passagère. Il se laisse approcher, il se rend proche, mais il refuse de réduire sa mission à un succès de surface.
La Lettre aux Hébreux, elle, pourrait donner une impression très différente. Elle nous parle du Christ « saint, innocent, immaculé, séparé maintenant des pécheurs, élevé plus haut que les cieux » (He 7,25-8,6). Pourtant, cette distance n’est pas celle d’un Dieu froid ou lointain. Si Jésus est « désormais » auprès du Père, c’est parce qu’il s’est d’abord fait totalement proche : il a marché sur nos routes, partagé notre fatigue, porté nos maladies, vécu la passion et la croix. Il s’est offert « une fois pour toutes » pour Dieu et pour nous.
Celui qui est aujourd’hui notre grand prêtre au ciel est le même qui s’est laissé toucher sur la terre. Sa proximité n’est pas un souvenir : elle est le chemin par lequel nous avons accès à Dieu.
Dans l’Évangile, un autre détail nous frappe : les esprits impurs le reconnaissent immédiatement et crient : « Toi, tu es le Fils de Dieu ! » Jésus les fait taire. Pourquoi ? Parce qu’il ne veut pas être réduit à un titre, ni enfermé dans une révélation spectaculaire. Le cri des démons reconnaît son identité, mais sans foi, sans amour. Jésus refuse ce genre de publicité. Il ne cherche pas à être connu comme une “superstar religieuse”, mais à être accueilli comme Sauveur.
Ce refus de l’exhibition rejoint la spiritualité de l’Enfant de Bethléem. À Bethléem, il n’y a ni foule en délire, ni gloire humaine, ni triomphe visible. Il y a un enfant, pauvre, silencieux, fragile. Dieu vient sans bruit, loin du tumulte, pour toucher le cœur de ceux qui l’accueillent. La crèche est l’exact opposé d’un podium : c’est un lieu de proximité cachée, de simplicité, de douceur.
Ainsi, les foules qui se pressent autour de Jésus nous posent une question : cherchons-nous le spectacle ou la rencontre ? Sommes-nous fascinés par les miracles, les guérisons, les signes extraordinaires — ou laissons-nous le Christ toucher en profondeur notre vie concrète, intérieure, quotidienne ?
L’Évangile nous invite à quitter peu à peu la position de la foule pour entrer dans celle du disciple. La foule cherche à toucher Jésus ; le disciple se laisse toucher par lui. La foule cherche des solutions rapides ; le disciple cherche une relation qui dure. La foule se nourrit de rumeurs ; le disciple se nourrit de la Parole.
Dans l’esprit de Bethléem, cela veut dire accepter un chemin humble, discret, parfois caché. Accueillir Jésus non seulement dans les grands moments, mais dans nos petites pauvretés, nos fatigues, nos routines. Croire que sa vraie proximité ne se mesure pas à l’intensité de l’émotion, mais à la profondeur de la confiance.
Aujourd’hui, la Parole de Dieu nous invite à faire un pas : passer de l’admiration à la foi. De l’effervescence à la fidélité. Du “Jésus-Christ superstar” à Jésus-Christ Sauveur, proche, humble, silencieux parfois, mais infiniment présent.
Prière du jour
Seigneur Jésus,
toi que les foules pressaient
et que les cœurs simples reconnaissent,
délivre-nous de la recherche du spectaculaire.
Apprends-nous à te chercher
non comme une idole,
mais comme le Sauveur de nos vies.
Dans l’humilité de Bethléem,
fais-nous passer de l’admiration à la confiance,
et de la curiosité à la fidélité.
Que notre cœur devienne un lieu simple
où tu peux demeurer.
Amen.
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là,
Jésus se retira avec ses disciples près de la mer,
et une grande multitude de gens, venus de la Galilée, le suivirent.
De Judée, de Jérusalem, d’Idumée, de Transjordanie,
et de la région de Tyr et de Sidon
vinrent aussi à lui une multitude de gens
qui avaient entendu parler de ce qu’il faisait.
Il dit à ses disciples de tenir une barque à sa disposition
pour que la foule ne l’écrase pas.
Car il avait fait beaucoup de guérisons,
si bien que tous ceux qui souffraient de quelque mal
se précipitaient sur lui pour le toucher.
Et lorsque les esprits impurs le voyaient,
ils se jetaient à ses pieds et criaient :
« Toi, tu es le Fils de Dieu ! »
Mais il leur défendait vivement de le faire connaître.
Références bibliques
- He 7, 25 – 8, 6
- Mc 3, 7-12
Pour méditer
- Suis-je plutôt dans la foule qui cherche des réponses rapides, ou dans une démarche de disciple qui cherche une vraie rencontre avec le Christ ?
- Où est-ce que je risque de “consommer” Jésus comme une star spirituelle, au lieu de le laisser transformer ma vie en profondeur ?
- Comment puis-je, dans l’esprit de Bethléem, vivre une proximité plus simple et plus fidèle avec lui cette semaine ?






























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